Pierre Laville - site officiel

Adaptations et versions scéniques


Intrigue et Amour

D'après Kabale und Liebe de Friedrich von Schiller

créationRadio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1976)

Avec : Alain Cuny, Francine Bergé, Edith Scob, Pierre Vaneck, Jacques Debary, Lucienne Lemarchand, Jean-Pierre Jorris, Jean Martin, Jean-Louis Maury, Albert Medina, Anne-Marie Coffinet, Pierre Garin, Jean-Jacques Steen, André Weber, Jean Mauvais.

Pense à l’Afrique

D'après Think of Africa de Gordon Dryland

Pense à l'Afrique
Édition :
Avant-Scène
Pense à l'Afrique

créationCréation à Paris - Théâtre du Rond-Point des Champs-Éysées / Compagnie Renaud-Barrault (1984)

Mise en scène Jean-Pierre Granval
Décors et costumes Ghislain Uhry.

Avec : Madeleine Renaud, Jean-Pierre Aumont, Martine Pascal, Denise Noël, Gérard Lorin.

Pense à l'Afrique
Pense à l’Afrique / Jean-Pierre Aumont et Madeleine Renaud

Critique / Dominique Jamet

"Oublions l'Afrique pour ne nous attarder un moment, une fois encore, qu'à Madeleine Renaud, dans ses petites robes simples, dans son simple manteau noir. De l'imperceptible indication d'un doigt levé, d'une inflexion, d'une main qui cherche une autre main et se pose sur elle, comme un petit oiseau, avec ses petites manières de grande dame, et ce privilège, qui n'appartient qu'à elle, d'illuminer son visage, de rayonner du rose, et cette innocence d'enfant élevée au collège de la Légion d'Honneur, et cette fragilité de porcelaine transparente, et cette solidité d'indestructible vieille dame trotte-menu, et cette dureté, soudain, du regard devenu noir, elle contient jusqu'aux ultimes répliques, où elle-même (même elle !) en est éclaboussée de quelques gouttes, par le tour évident d'une invisible magie le flot menaçant du ridicule où s'en­gloutissent l'un après l'autre, après avoir vaillamment lutté, vaincus enfin par des rôles écrasants et des situations tartignolissimes Martine Pascal, Jean-Pierre Aumont, Gérard Lorin enfin. Mais cela ne tient qu'à elle, qui donne l'impression qu'on entend les soupirs de la suinte et les cris de la fée même quand elle récite l'annuaire du téléphone. Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait est aujourd'hui nimbé d'un charme déjà légendaire, et les portes du grotesque ne prévalent point contre elle.

Quelle actrice, mais quelle histoire, quelle histoire ! Une imagination et un sens psychologique incontestables, beaucoup d'excellentes répliques dans le registre de la cruauté, et qui permet­tent à Madeleine Renaud de distiller avec une incomparable suavité d'épouvantables vacheries — ne peuvent masquer bien longtemps la réalité d'une intrigue qui nous revient d'ailleurs."

Still Life (Nature Morte)

D'après Still Life d’ Emily Mann

Still Life
Édition :
Avant-Scène
Still Life

créationCréation au Festival d’Avignon(1984)
Théâtre de la Bastille
Tournée (1985)
Filmé par FR3

Mise en scène Jean-Claude Fall
Décors et costumes Gérard Didier, musique Ghédalia Tazartes.

Avec : Jean-Quentin Chatelain, Christiane Cohendy, Laurence Roy.

Still Life - Pierre Laville et Emily Mann
Still Life / Laurence Roy, Christiane Cohendy et Jean-Quentin Chatelain

Critique / Caroline Alexander

"La révélation de la première mi-temps du Festival aura été à l'unanimité Still LifeNature morte »), une pièce étrange et forte comme un alcool d'une jeune Américaine de trente ans, Emily Mann, adaptée intelligemment par Pierre Laville et superbement montée par Jean-Claude Fall, avec trois comédiens d'une exceptionnelle densité, Christiane Cohendy, Laurence Roy, Jean-Quentin Chatelain.
Trois solitudes qui monologuent au lendemain de la débâcle du Vietnam : l'ancien marin qui a appris au front l'horrible volupté du massacre, sa femme, « bobonne » résignée, sa maîtresse « fo-folle », pur produit de l'« American Way of Life ». Une envoûtante leçon de choses, un instantané cruel et souvent drôle de l'Amérique des années soixante-dix.
"

Still Life - Pierre Laville et Emily Mann
Pierre Laville et Emily Mann

Tournées en france et pays francophones

La Dernière classe

D'après Translations de Brian Friel

La Dernière classe
Édition :
Avant-Scène
la dernière classe

créationCréation à Paris - Théâtre des Mathurins (1984)

Mise en scène Jean-Claude Amyl
Décors et costumes Yuri Kuper.

Avec : Etienne Bierry, Martine Logier, Pascal Greggory, Corinne Dacla, Bruno Pradal, André Weber, Maria Desroche, Florent Gibassier, Bernard Lanneau, Pierre Lafont.

Etienne Bierry
La Dernière classe / Etienne Bierry et Pascal Greggory

Critique / Jacques Nerson (Figaro Magazine)

"Nous sommes au début du XIXe siècle. Les soldats anglais occupent l'Irlande, laquelle fait partie désormais du Royaume-Uni. Sur leurs cartes, les collines, les vallées, les rivières, les ruisseaux, les villages, tout, jus­qu'au moindre carrefour, a changé de nom. Les pay­sages vont-ils donc devenir anglais à leur tour? Owen, le fils de l'Instituteur, croit que l'adoption de la langue anglaise par le peuple irlandais est une étape histori­que à la fois inéluctable et positive. Son frère, Manus, pense le contraire. Avec passion mais sans fanatisme, l'auteur irlandais Brian Friel nous met en garde contré. les périls auxquels s'exposent les peuples qui laissent mourir leur langue maternelle. Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous nous sentons directement concer­nés. Une belle pièce, intelligente, forte, nuancée, pleine d'humour, servie par une troupe cohérente, où Étienne Bierry, Martine Logier, Bruno Pradal, Bernard Lanneau et Pierre Lafont se distinguent particulière­ment."

Glengarry Glen Ross

D'après Glengarry Glen Ross de David Mamet (Prix Pulitzer)

Glengarry Glen Ross
Édition :
Actes-Sud Papiers

créationCréation à Marseille - Théâtre national de Marseille / la Criée (1985)
Reprise à Paris au Théâtre Edouard VII (1988)

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors et costumes Michael Merritt.

Avec : Francis Perrin, Jacques Fabbri, Michel Robin, Alexis Nitzer, François Siener, Michel Ouimet, Lionel Vitrant.

Francis Perrin et Jacques Fabbri
Glengarry Glen Ross / Francis Perrin et Jacques Fabbri

Critique / Pierre Marcabru (Le Figaro)

"Ils sont six, six vendeurs de terrains, six démarcheurs en immobilier, six hommes en compétition, cherchant à vendre, à vendre encore plus, et toujours menacés de ne pas vendre assez, d'être remerciés, de se retrouver vieux, usés, au point de départ. Six écureuils dans leur cage, méchants, hargneux, mal embouchés, haletants, se harcelant les uns les autres...

Tel est le ton de la comédie de David Mamet que Marcel Maréchal a mise en scène et Pierre Laville adaptée. Du naturalisme décalé vers la précipitation, la férocité, l'ordure, la violence. Rien que des mots jetés, crachés, en une musique singulière, répétitive, redondante, obscène, et que les co­médiens, sur les nerfs, pous­sent à son paroxysme.

Paysage américain? Voyage sur les terres de la concurrence, du conflit, de la compétitivité, de l'épreuve ? Il y a de cela chez Mamet, auteur de trente-sept ans, prix Pulitzer, mais aussi probablement un humour, une distance, une drôlerie hargneuse, qui, me semble-t-il, n'apparaît pas toujours dans la mise en scène de Marcel Maréchal. Juste et directe, au demeurant, mais peut-être trop « humaniste » pour rendre compte exactement de la perversité froide, amusée, cinglante, impitoyable, de Mamet. Du dur comique.

Un acteur, dans ce registre, domine le jeu, c'est Francis Perrin. Tendu, agressif, cou­pant, parfaitement solidaire de l'esprit de l'auteur, étonnamment neuf dans son interprétation. Jacques Fabbri l'est moins, comme pris au piège de ses vieux souvenirs de farceur. En revanche, comme à l'accoutumée, Michel Robin est exceptionnel de présence, d'épaisseur. Dans l'ensemble le rythme est bon, et la direction d'acteurs rapide, nerveuse, à laquelle répondent François Siener, Alexis Nitzer, Michel Ouimet, Lionel Vitrant..."

Reprise à Paris au Théâtre Edouard VII (1988)

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors et costumes Michael Merritt.

Avec : Francis Perrin, Pierre Mondy, Michel Robin, François Clavier, François Siener, Michel Ouimet, Lionel Vitrant.

Glengarry Glen Ross
Francis Perrin et Pierre Mondy
Glengarry Glen Ross /Francis Perrin et Pierre Mondy

Critique / Marion Thébaud

"La pièce est méchante, violente, dérangeante. Des coups, K.O. et uppercuts, du théâtre comme un match de boxe. Le contraire du bon vieux mélo au de la romantique comédie. Ici, la vie est un ring. Au centre, l'arbitre qui compte les points, directeur d'une agence immobilière de Chicago. Quand ses vendeurs ne sont plus des champions, il ne jette pas l'éponge mais les jette dehors. Tous résistent jusqu'à la limite de leurs forces. S'il le fallait, ils vendraient même de la glace aux Esquimaux ! David Mamet, le scénariste des " Incorruptibles ", matraque à merveille ces personnages plutôt communs, hargneux, mal embouchés, sans rêve, idéal ou générosité. Ils ne sont plus que des pantins dangereux ; l'homme en eux est anéanti à tout jamais. La pièce de David Mamet adaptée par Pierre Laville met le doigt sur le monde malade du fric avec une sorte de jubilation. Pas de grandes tirades, jamais de prêches, mais des évidences lancées à la volée. C'est une pièce qui se passe, aujourd'hui, à Chicago, États-Unis ; une tranche de réel épicée des ardeurs, des envies, des haines, des basses convoitises de l'humanité. Marcel Maréchal rythme le spectacle sur le tempo voulu. Jamais Francis Perrin n'a paru aussi impressionnant de violence, de concentration dans un emploi nouveau qui lui ouvre les portes de grands rôles dramatiques. Pierre Mondy trouve des accents vrais, forts, pathétiques, bien éloignés du vaudeville, pour cerner l'angoisse de son personnage. François Siener, Michel Robin, François Clavier, tous participent à la réussite d'un spectacle férocement contemporain."

 

Théâtre de Vidy-Lausanne - Nouvelle production (1987)

Avec : Jean-Pierre Malo...


Théâtre du Rond-Point des Champs-Éysées / grande salle - Nouvelle version sous le titre : Glengarry (2000)

Mise en scène Marcel Maréchal

Avec : Philippe Uchan, Michel Duchaussoy, Jean-Marc Thibault, Christopher Thompson, Jean-Pierre Moulin, Antony Cochin, Lionel Vitrant.

Californie, paradis des morts de faim

D'après The Curse of the starving class de Sam Shepard (Prix Pulitzer)

Californie, paradis des morts de faim
Édition :
Actes-Sud Papiers
californie

créationCréation à Marseille - Théâtre national de Marseille / la Criée (1986)

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors Roberto Plate, costumes Florence Emir.

Avec : Marcel Maréchal, Nelly Borgeaud, Philippe Demarle, Julie Jezequel, Daniel Berlioux, Alain Crassas, Raoul Billerey, Gérard Lacombe, Michel Demiautte.

Marcel Maréchal
Californie, paradis des morts de faim / Julie Jezequel, Nelly Borgeaud, Marcel Maréchal et Philippe Demarie

Critique / Patrick de Rosbo

Une Cerisaie à l'américaine

"Impossible, en effet, de ne pas nous souvenir de «La Cerisaie», devant la carcasse blessée, la vaste et vulnérable maison de Sam Shepard, ressuscitée par le décor de Roberto Plate, où vit (dangereusement) une famille déchirée, malade, foudroyée d'avance par la férocité du monde qui la cerne, l'étrangle, et qu'elle n'est pas de force à affronter, et moins encore à vaincre.

Un réfrigérateur immense et vide, autour duquel rôdent ces inadaptés, tout en cris et blessures, et comme craintifs devant l'implacable dureté du Ciel qui les ignore et s'apprête à les détruire: insolemment présent depuis que le père (Marcel Maréchal), un matin de saoûlerie, a massacré la porte à coups de hache... Tout ici nous suggère une débâcle où tourbillonnent sans fin ceux qu'elle emprisonne : Weston l'impulsif, enfantin, vacillant, saisi de colères folles, criblé de dettes, imbibé d'alcool, effrayé par une réalité qu'il refuse en s'enfermant dans ses rêves, en s'accrochant aux siens, à ses proches, qui le trahissent ou qu'il entraîne à sa suite au fond de l'eau. Une singulière clarté l'illumine. Voici encore Ella (Nelly Borgeaud), sa femme humiliée et qui. rêve de vendre cette baraque où elle tourne en rond comme une folle, pour filer vers une Europe, mythique, imagi­naire, comme d'autres, jadis, appelaient Moscou...

L'Amérique des dévoreurs, des vainqueurs, face à celle des «misfits»... Et les deux enfants de Weston et d'Ella, eux aussi, seront victimes des mêmes dérives : Emma, l'adolescente révoltée (Julie Jézéquel), qui veut fuir, et qui n'en souffre que davantage de voir sombrer autour d'elle tout ce qu'elle aime; enfin, Wesley, son frère (Philippe Demarle), un jeune sauvage écorché vif et qui, volant au secours de ses parents qui se noient, subit de plein fouet leur chute verticale.

Lyrisme et chaleur, discordance et fièvre. On ne saurait échapper aisément à la sensualité, à la violence, à la respiration large que nous imposent la mise en scène de Marcel Maréchal, l'adaptation de Pierre Laville: l'un et l'autre soucieux de nous restituer d'abord une malédiction dont saignent, et mourront finalement (on le devine), ces êtres de chair et de sang, victimes des affairistes, des escrocs, des rapaces, que Shepard n'absout pas plus qu'il ne les condamne.

En vain s'efforceront-ils de leur échapper, éclaires qu'ils sont (fusillées?) par le regard implacable, mais aussi curieusement tendre, d'un témoin attentif à nous faire sourire de leurs illusions, de leurs faiblesses, de leurs chimères avortées, de leurs espoirs déçus, symbolisés peut-être par l'agneau qui se réfugie, malade, à l'intérieur de la maison en survie, avant qu'intervienne le rituel irrévocable de l'égorgement. Et le plus grand mérite de Marcel Maréchal est sans doute aussi de nous faire éprouver, au plus secret de nous-mêmes, avant l'acier du couteau, le feu de la plaie."

Théâtre de la Satire à Lyon - Nouvelle production sous le titre : Starving Class (1988)

Mise en scène Bruno Carlucci.

American Buffalo

D'après American Buffalo de David Mamet (Obie Award)

American Buffalo
Édition :
Actes-Sud Papiers
American Buffalo

créationCréation à Paris - Théâtre Tristan-Bernard (1986)

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors et costumes Yuri Kuper.

Avec : Philippe Leotard, Stéphane Bierry, Alexis Nitzer.

American Buffalo
American Buffalo / Philippe Leotard, Stephane Bierry et Alexie Nitzer
Philippe Leotard, Stephane Bierry et Alexie Nitzer Philippe Leotard, Stephane Bierry et Alexie Nitzer Philippe Leotard, Stephane Bierry et Alexie Nitzer
Aléas et turbulances d'une distribution ...

Critique / Alain Leblanc (Paris-Match)

"Paris découvre David Mamet, grâce à « American Buffalo », la pièce que Philippe Léotard, Laurent Malet et Daniel Gélin défendent sur la scene du théâtre Tristan-Bernard. A 38 ans, Mamet est l'auteur d'une bonne douzaine de succès. II écrit en huit jours des pièces qui tiennent l'affiche pendant des mois. Comme hier Miller et Tennessee Williams, il est en train de devenir l'auteur chéri des Américains. Jouée près de 1 200 fois par Al Pacino et Robert Duvall qui, entre deux films, s'empressent de reprendre la pièce à Broadway, « American Buffalo » a hissé d'un coup sur le podium le petit juif de la banlieue de Chicago et l'a transplanté à Central Park où il occupe aujourd'hui - succès oblige - un appartement de star a coté de Woody Allen. Non qu'il affectionne particulièrement New York. Au contraire. Il a une sainte horreur des villes et, dès qu'il le peut, s'empresse de fair dans le Vermont oil il possède une maison entre un cimetière habité par les héros de la guerre de Sécession, et un lac peuplé de castors. Taillé comme un bûcheron, Mamet ne se plaît que dans les bois. Quand il ne chasse pas l'ours, à l'arc, au pisto­let, ou au couteau avec Pierre La­ville, l'adaptateur d'« American Buffalo » et de ses œuvres à venir pour la France, il se réfugie dans une cabane en rondins qui ne connaît ni le téléphone ni l'électri­cité. Là, avec pour seule compagnie une vieille machine à écrire, il concocte dans le calme infini de la nature des pièces terribles sur la violence des villes, la délinquance et l'agression. C'est sa manière à lui, outre la chasse et le jeu de cartes, de défouler ses angoisses. Ce qui n'empêche pas David Mamet d'être un tendre. Et sous le « slang » (parler argotique américain), de laisser entendre la douce plainte des hommes en quête de pureté et perpétuellement déçus."


Critique / Alain Morel

"Dans cette antre de brocanteur qui tient plus de la caverne à oripeaux que de la petite boutique des valeurs, il n'y a plus beaucoup de bon­heur à vendre. Quelques projets miteux, quelques coups de gueule boiteux, quelques magouilles véreuses... voilà le seul capital pour faire la nique au désespoir. Le seul trésor de trois paumés qui s'accrochent comme des sangsues à des seconds rôles que personne ne leur propose.

Le premier, c'est l'homme du bon sens à deux sous. Le vieux sage de série C. Le « surgé » paternaliste, un brin équivoque, qui rassure et qu'on manipule. Alexis Nitzer le campe sans fioritures avec peut-être même une discrétion à la limite de la maladresse.

Le deuxième, c'est le gamin écorché, l'invalide de nais­sance, le condamné aux dérives. En quête d'amour, en quête de père, en quête de poudre, il a les traits de Sté­phane Bierry dont le jeu hypersensible nous révèle un acteur instinctif de tout premier plan.

Et puis il y a Prof, personnage principal et principal motif de la pièce de Mamet. Prof qui symbolise tous les Arlequin bredouilles, tous les poètes sans rime, tous les aigris au cœur de star. Et Prof, c'est Philippe Léotard, dont il serait scandaleux d'ignorer la prestation plus de temps qu'il n'en faut pour réserver sa place.

Subtilement mis en scène par un Marcel Maréchal qui oriente les voix et les silences comme s'il écrivait une chanson de geste, Léotard est tout simplement prodigieux de présence, de créativité et de réalisme. Pas une grimace, sur sa tronche de basset artésien, qui n'ajoute au relief de son discours ; pas une in­flexion impropre ; pas un geste conventionnel. On dirait du Michel Simon, du Boudu sauvé des eaux-de-vie, du Jouvet renonçant à une dignité robotisée, du Le Vigan tro­quant sa camisole pour une cravate de bonimenleur !

Tout en saccades, saillies et anticipations, il irradie le texte et les intentions de David Mamet, confirmant que l'Amérique tient bien avec lui un Beckett des années quatre-vingt-dix, un Pinter du quoti­dien, un de ces ciseleurs d'atmosphère qui savent que les plus profonds regards sur le monde s'écrivent, dans le théâtre moderne, autant avec des mots qu'avec des souffles."

Création en Suisse - Théâtre de Vidy-Lausanne (1997)

Good

D'après Good de Cecil P.Taylor

Radio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1985)

Avec : Claude Rich, Richard Bohringer, Nelly Borgeaud, Pascale de Boysson, Romain Weingarten, Marcel Bozzufi, Philippe Laudenbach, Claude Aufaure, Françoise Bette, Bruno Balp, Jean-Paul Richepin, Jean Lescot, Roland Ménard.

Good

créationCréation au Festival de Sète (1986)

Mise en scène Jean-Pierre Bouvier
Décors et costumes Charlie Mangel.

Avec : Jean-Pierre Bouvier, Sam Karmann, Hélène Arié, Nadine Basile, Isabelle Gélinas, Henri Deus, Rémi Devos, Dominique Santarelli, Bernard Charnace, Véronique Toussaint, Dominique Virton.

Good
Good / Isabelle Gelinas et Jean Pierre Bouvier

Critique / Fabienne Pascaud (Télérama)

"Découverte d'un passionnante et forte pièce américaine, au dernier Festival de Sète. Traduite par Pierre Laville, Good d'un certain Taylor, mort dans les années 1980, raconte en effet la conversion au nazisme d'un intellectuel allemand ordinaire ; quand commence à pointer Hitler. Mené comme un procès mais construit comme une partition musi­cale, le spectacle mêle intelligemment comédie sentimentale, drame politique et suspens psychologique. C'est dru et sans cesse haletant. La mise en scène et l'interprétation de Jean-Pierre Bouvier, subtiles, permettent de re-découvrir un comédien qu'on avait trop cantonné sur le « boulevard » au rôle de partenaire attitré de Michel Morgan. À quand Good à Paris? "

Edmond

D'après Edmond de David Mamet (Obie Award, meilleur piece)

Edmond
Édition :
Actes-Sud Papiers

Edmond

créationCréation à Lille - Ballatum Théâtre (1986)

Mise en scène Eric Lacascade, Guy Alloucherie.

Avec : Gilles Defacque, Guy Alloucherie, Martine Cendre, Eric Lacascade, Denis Cacheux, France Cohen, Alain Dheyer, Nadine Pouilly, Cathy Zambon, Jacques Motte, Richard Cuvillier, Nadine Voillat.

Edmond

Notes / Eric Lacascade

"Un homme quitte sa femme quelques heures ou pour plus longtemps, peu importe. Il a envie de prendre l'air et de s'amuser, pour pas cher, dans des bars où les filles ne sont pas farouches. Très vite cette recherche du plaisir se heurte à l'impuissance qu'il a de sortir ses dollars. La tête coincée entre le sexe et l'argent, Edmond plonge dans un univers érotique qui lui devient définitivement hostile alors qu'il cherche désespérément un lieu où on le respecte et où on le désire. Il ne trouve que duperie violence et frustration.

Les actions se déroulent cruement sous nos yeux, les mots s'enchaînent et se répondent avant que les protagonistes aient su le temps de les penser ou de les mâcher ; ici on théâtralise l'essentiel. Avec ces dialogues familiers, et ces séquences épurées le parcours d'Edmond devient une authentique quête, quête commune à chacun : la recherche de notre nature cachée. Cet homme banal, destiné depuis tout petit à la soumission et éduqué toute sa vie en ce sens - École Famille Travail -, nous est proche.

Traumatisé par excellence, cobaye souffrant lorsqu'il analyse ce qu'il vit, Edmond devient subitement monstrueux. Dans une civilisation de masque et de simulacre, où tout le monde semble déguisé avec le costard nécessaire pour obtenir ce qu'il veut, Edmond évolue comme un étranger avec tout autour de lui la vie entière.

Son drame c'est de marcher vers un but qu'il ignore : son rajeunissement. À la recherche de son identité, de sa dignité, il nous bouleverse comme un grand gosse, ou comme un fou. Comme tel, sa seule présence révèle la noirceur de l'environnement qui est le sien (un coin d'Amérique 86). Que ce soit un meurtre qui le fasse aborder à l'infini et découvrir le langage de l'âme, que de l'homme-instinct il devienne l'homme cosmique dans une réclusion préférable à la solitude du dehors, fait d'Edmond un des plus beaux personnages tragiques du théâtre contemporain."

Création en Belgique - Théâtre Varia à Bruxelles (1995)

Mise en scène de Marcel Delval


Paris - Mise en espace au Théâtre du Rond-Point (2000)

Mise en scène de Pierre Laville

Avec : Michel Fau, Claude Perron, Claude Degliame, Jacques Martial, Jean-Marie Galley, Nathalie Savary, Alexandre Vigouroux, Sylviane Duparc, Emmanuel Patron.


Création en Suisse - Théâtre du Grütli à Genève (2001)

Mise en scène de Georges Guttierez

Variations sur le canard

D'après Duck Variations de David Mamet

Variations sur le canard
Édition :
Actes-Sud Papiers

Variations sur le canard

créationCréation à Paris - Théâtre de Poche Montparnasse (1987)

Mise en scène et jeu : Etienne Bierry, Jacques Seiler.

Jacques Seiler et Etienne Bierry
Variations sur le canard / Jacques Seiler et Etienne Bierry

Critique / Armelle Héliot (Le Figaro)

"Livrés à eux-même sur la va­gue d'un texte aigu, brillant, sou­vent déconcertant, drôle, fin, paradoxal, Etienne Bierry et Jacques Seiler nous proposent un éblouis­sant divertissement, une petite heure délicieuse et rare. On sort de ce jeu ravi et délié, l'esprit lavé comme un beau ciel. Pas simples pourtant ces « Varia­tions sur le canard» de David Mamet écrivain, dramaturge et scénariste américain dont on a pu voir la saison dernière le très étonnant «American Buffalo ». Variations. Ruptures douces d'un point de vue à l'autre, au fil d'une pensée tout entière à la joie de ses fluctuations. Dans un parc, au bord d'un lac, près d'un zoo, deux amis se retrouvent, chaque jour, sur un banc. Et dissertent. Et réfléchissent à l'infini sur les sup­ports ténu que leur offre le paysage et la vie qui passe. Le ca­nard. Le monde entier tient dans un canard, c'est ce que Mamet démontre avec une jubilation communicative, très bien traduite par Pierre Laville, écrivain lui aussi. Habiles, rapides, précis, et habités de cette fièvre du raisonnement qui peut dilater un brin d'herbe aux dimensions du cosmos, nos protagonistes font merveille. Bierry et Seiler, complices, sont superbes. On rit : de tout, de rien. De ces quatorze variations cise­lées sur un rythme soutenu (l'adaptation a su retrouver ces pulsations en français), du vertigi­neux exercice, mélange de férocité et de naïveté calculée par l'auteur et des acteurs intelligents et hum­bles. À voir en apéritif."

Crimes du cœur

D'après Crimes of the Heart de Beth Henley (Prix Pulitzer)

Crimes du cœur
Édition :
Actes-Sud / Auteurs
Crimes du Cœur

créationCréation à Paris - Théâtre de la Potinière (1987)

Mise en scène François Bourgeat
Décors Alain Batifoulier, costumes Nathalie Holt, musique Dominique Probst.

Avec : Elizabeth Depardieu, Tonie Marshall, Ann-Gisel Glass, Jean-Paul Bordes, Richard Lukas, Annie Le Youdec.

Elisabeth Depardieu, Tony Marshall et Ann-Gisel Glass
Crimes du cœur / Elisabeth Depardieu, Tony Marshall et Ann-Gisel Glass

Critique / Marion Thébaud (Figaro Madame)

"Trois femmes, trois sœurs, trois caractères. Elles ne vivent pas au milieu des samovars, ne rêvent pas à Moscou, mais comme leurs aînées tchékhoviennes, elles suivent leurs états d'âme avec élan et une gaieté communicative. Elles piquent des fous rires, se disputent pour des riens ; l'une tire sur son mari, l'autre sur son chewing-gum, bref, elles sont folles, imprévisibles, drôles, émouvantes.

Trois couleurs de l'arc-en-ciel. C'est une pièce où constamment le soleil brille à travers les nuages, malgré la pluie. En deux mots, trois sœurs se réunissent pour faire face à l'incroyable : la petite dernière, Babe, a tiré sur son mari. Elles se retrouvent dans la maison familiale où Lenny console grand-père. Elles retrouvent l'odeur des goûters d'autrefois quand Meg, la plus gâtée, avait droit aux robes à volants et aux chaussures vernies. La pièce adaptée avec un plaisir évident par Pierre Laville offre trois merveilleux rôles, l'occasion pour trois actrices de s'exprimer.

Une révélation, Elisabeth Depardieu. Elle prouve qu'elle est une vraie comédienne, juste, touchante, originale dans sa façon d'être et d'imposer un rythme.

Une confirmation, Tonie Marshall. Enfin, un rôle a ses mesures. De l'abattage, des dons comiques, de la vivacité, toutes qualités inemployées tant les hommes de théâtre manquent d'imagination et l'oublient dans les distributions au profit des jeunes premières. Ici, elle prend sa revanche, épatante de bout en bout. Enfin, celle qu'on attendait sur scène, Ann Gisel Glass. Directe, sans fard, la bride sur le cou, elle est étonnante de liberté. Bref, trois comédiennes qui, sous la direction de François Bourgeat, jouent en femmes de cœur."

Hello and Good bye

D'après Hello and Good bye d'Athol Fugard

Hello and Goodbye
Édition :
Edilig/Théâtrales

Hello and Good bye

créationCréation à Paris - Théâtre Mouffetard (1987)

Mise en scène John Berry
Décor Max Berto.

Avec : Myriam Boye et Jacques Bonnaffé.

Myriam Boyer et Jacques Bonnafé
Hello and Good bye / Myriam Boyer et Jacques Bonnafé

Critique / Armelle Héliot (Le Figaro)

"Rencontre de deux acteurs singuliers dans un univers dur, terrible, aux accents mélodramatiques, ce spectacle est tout à fait bouleversant. John Berry, qui le met en scène, laisse aux comédiens l'essentiel : la force et la folie de ces deux personnages émouvants et entravés. Deux personnages sous la domination d'un père terrible, pris dans les nœuds atroces d'une famille qui a développé sa névrose en dévorant ses rejetons, comme souvent. Hester, l'hyster, la fille rejetée. Johnnie, qui ne peut que rejouer les blessures du père, petit Œdipe aux jambes faibles. Retrouvailles-affrontement, bonjour-au revoir (Hello and Goodbye) du frère et de la sœur. Règlement de comptes affectif. Affectueux. Mais ces deux-là sont des «analphabètes du cœur» : ils ne savent pas parler, se dire. Ils n 'ont pas de syntaxe sentimentale. La pièce de Fugard pourra paraître trop mélo à certains, mais elle est belle et très bien traduite par Pierre Laville qui se plie aux rythmes d'us échange frénétique et tendre pourtant. Les comédiens sont admirables. Myriam Boyer, avec cette voix si particulière de petite fille mal grandie, paumée et vaillante, est juste, passionnante. Jacques Bonnafé, immense comédien, hallucinant dans un jeu très difficile, vertigineux, reste maître de ses moindres intonations, jamais grotesque, pathétique sans effets appuyés. Bref, un très beau spectacle de vrai théâtre : l'émotion, et simplement l'émotion."

Une Vie de théâtre

D'après A Life in the Theatre de David Mamet (Obie Award)

Une vie de théâtre
Édition :
Actes-Sud Papiers

créationCréation en Belgique - Théâtre du Rideau de Bruxelles sous le titre : Ma vie est au théâtre (1988)

Mise en scène Bernard De Coster

Avec Claude Etienne, Alain Leempoel (1988 et 1989).

Pierre Laroche et Denis Carpentier
Une Vie de théâtre / Alain Leempoel et Claude Etienne

Critique / Jacques de Decker (Le Soir)

"C'est un entresol, au niveau des loges, dans un théâtre new-yor­kais. Il y a déjà des briques rouges et des passerelles en acier, comme dans la rue, mais ce n'est pas encore la rue, justement. C'est l'intervalle, la lisière, la lisière entre la scène, là où on s'efforce de faire croire qu'on est un autre, et le monde, où l'on est comme tous les autres. Ici, l'acteur est un acteur, un peu moins qu'un personnage et un peu plus que l'inconnu qui passe sur le trottoir. Les deux heures que l'on vit dans cet entre-deux-là sont les plus belles heures de théâtre qu'il nous ait été donné de vivre depuis longtemps.

La pièce est faite de vingt-cinq moments, qui ne durent parfois que quelques instants, le temps de dire une réplique, de réparer une fermeture éclair qui a lâché, de remarquer un nouveau chan­dail, de lancer un cri : « Ces critiques ! Ce ne sont pas des créateurs ! Et ils ne paient même pas pour venir nous voir ! ». Robert est un de ces acteurs dont la passion s'est accrue avec l'âge, qui adore son métier plus que tout et qui veut transmettre, passser le relais à John qui est jeune et fringant, plein d'énergie, à l'aube de sa carrière, mais qui s'attarde auprès de ce vieux ca­marade un peu ancienne école peut-être, mais dont la flamme est si vivace.

Et si l'on est si ému de ces échanges rapides, furtifs, tou­jours drôles à vous serrer la gorge, c'est que c'est de tout un chacun qu'il s'agit là de la plus tragique et plus belle chose au monde, la transmission des codes, le passage du témoin, qui permet à l'espèce humaine de taire la nique à la mort.

Claude Étienne et son disciple Alain Leempoel sont merveilleux l'un et l'autre. Claude Étienne trouve là un des grands rôles de sa carrière, peut-être le plus important, parce qu'il y met plus que son immense talent : une part secrète de lui-même. Il arrive trop rarement qu'un auteur (David Mamet peut compter ici sur la finesse et la sûreté d'adaptation de Pierre Laville) donne à un comédien l'occasion d'aller si loin dans l'aveu sans que la moindre impudeur ne s'y mêle pour ne pas saluer cette presta­tion toute de subtilité, d'ironie et d'humanité de la plus grande figure de notre communauté théâ­trale comme un événement.

Il faut courir à ce spectacle si l'on aime vraiment le théâtre. Et il n'en est pas de meilleur pour s'y convertir."

Création à Paris - Théâtre des Mathurins (1989)

Mise en scène Michel Piccoli
Décor et costumes Ÿannis Kokkos.

Avec : Jean Rochefort, Jean-Michel Portal.

Jean Michel Portal et Jean Rochefort
Une Vie de théâtre / Jean Michel Portal et Jean Rochefort

Critique / Marie-Noëlle Tranchant (Le Figaro)

"(...) Je suis un passionné d'auteurs, beaucoup plus qu'un acteur impatient de jouer. J'ai pu rester dix-sept and sans remonter sur les planches, mais qu'un auteur m'enthousiasme et je n'ai de cesse que de l'avoir fait entendre. Mon rêve, c'est qu'on me remercie d'avoir choisi ce texte. Pour moi, les deux preuves qu'on est acteur, c'est savoir faire rire (la chose la plus difficile au monde) et être confronté à un texte. A partir de là, on a déjà une bonne qualification. On peut se considérer comme un OS! Quand je pense à tous les films, aux dialogues inexistants où j'ai dû prononcer mes propres mots - j'en demande pardon aux spectateurs ! Mais je ne rougis d'aucune de mes entreprises théâtrales."

De Pinter (qu'il a convaincu de se laisser jouer sur une scène française), à David Mamet, aujourd'hui, en passant par Saunders et Peter Nichols, Jean Rochefort s'est fait une spécialité du répertoire anglo-saxon : "l'understatement me convient assez. Ouvrir des gouffres avec cette pudeur..."

Selon lui, David Mamet est un peu un fils de Pinter - "mais avec l'Atlantique entre eux : Mamet est moins cérébral, plus physiologique, plus immédiat. On retrouve l'ambiguité et le trouble, c'est le même dérangement, mais chez Mamet ça se débonde là où Pinter, ça se coinçait. Interpréter Pinter pouvait être très frustrant, parce qu'il eût été malhonnête d'exprimer trop précisément les émotions ressenties. Mamet, surtout dans cette pièce, qui est plus tendre que le reste de son œuvre, demande d'avantage de simplicité. Il y avait deux ou trois scènes qui me dérangeaient parce que j'y cherchais de l'ironie - et il n'y en avait pas. Ce sont de simplement des choses du coeur.

Une vie de théâtre met aux prises deux comédiens : le premier célèbre et vieillissant (Rochefort), l'autre jeune débutant (Jean-Michel Portal). Et c'est Michel Piccoli qui signe la mise en scène de ce duel d'acteurs : Conflit de générations, explique Rochefort, rapports douloureux de comédien à comédien, relations père-fils compliquées, d'autres nuances puisqu'ils ne sont pas père et fils; on nage en eaux troubles, mais avec humour, tendresse et dérision. Mamet est un tel "homme du bâtiment" qu'il agence cela formidablement, et rend la situation et les sentiments universels. (...)"

Nouvelle production du Théâtre Le Public à Bruxelles

Mise en scène Patricia Houyoux

Avec Pierre Laroche, Denis Carpentier (2002) .

Le Châle

D'après The Shawl de David Mamet

Le Châle
Édition :
Actes-Sud Papiers
Le Châle

créationCréation à Paris - Comédie Française au Petit-Odéon (1989)

Mise en scène Yves Gasc
Décor Pace.

Avec : Yves Gasc, Geneviève Casile, Alain Fromager.

Genevieve Casile, Alain Fromager et Yves Gasc
Le Châle / Genevieve Casile, Alain Fromager et Yves Gasc

Notes par Yves Gasc

"Comment appelle-t-on ces gens, déjà ? Mages, spirites, devins ? Ils sont un peu tout cela, selon leurs dons. A New York, comme dans toute autre grande ville, ils habitent, s'ils ne sont pas célèbres, un modeste apparte­ment, où ils consultent dans l'ombre, à l'abri des yeux et des oreilles indiscrets. John, le « voyant », est-il sincère vis-à-vis de Miss A., sa riche cliente ? Charles, le jeune ami-assistant, si démuni, est-il sincère à l'égard de John ? Que cache au juste Miss A. ? Voilà trois êtres penchés sur l'avenir et le passé, mais aussi au-dessus d'une importante somme d'argent. Certes ils luttent entre eux, rusent et se piègent. Quelle sera l'issue du combat et y aura-t-il même un vainqueur ? Toutes ces questions sont celles posées par la pièce de David Mamet et ses personnages. Un huis-clos inquiétant mais qui n'a rien d'infernal, malgré les apparences. (Même si l'on assiste à une séance de spiritisme où revient l'esprit d'une femme assassinée en 1843.) En fait, Mamet s'interroge sur les apparences, sur la réalité, sur le jeu de la vie. Y a-t-il un « truc » qui justifie également notre présence sur terre, nos amours, notre angoisse ? Mamet sait écrire pour les acteurs ; son dialo­gue, si bien réinventé par Pierre Laville, est instinctivement mais impérativement musical, avec ses pauses, ses rythmes particuliers. Pourtant, c'est le naturel même ; et bien au-delà des problèmes de voyance, ne peut-on déchiffrer, à travers la trame de ce Châle, les pensées qui remuent tout comédien ou metteur en scène — tout créateur d'illusion — en face du paradoxe éternel que constitue la présence du « théâtre » dans sa vie."

Paris - Mise en espace au Théâtre du Rond-Point (2000)

Mise en scène Pierre Laville

Avec : Michel Vuillermoz, Valérie Kaprisky, Xavier Laffitte.

Le Diamant rose

D'après A Bit between the teeth de Michael Pertwee

Le Diamant rose

créationCréation à Paris - Théâtre Daunou (1989)
Filmé par Antenne 2

Mise en scène Michel Roux
Décors et costumes André Levasseur.

Avec : Jacques Balutin, Henri Courseaux, Jean-Claude Islert, Nadine Col, Sylvie LeBrigant.

Notes / Georges Herbert

L'enthousiasme, la passion, l'énergie, le talent dont tu fais preuve dans tout ce que tu entreprends m'ont toujours stupéfié. Tes activités sont multiformes, toutes centrées autour du spectacle. Avec le même succès, tu écris de fort belles pièces - tu fais des adaptations brillantes, quel que soit le style des auteurs qui te confient leurs œuvres.

Tu as créé et tu continues à diriger, avec ton habituel dynamisme, la revue ACTEURS, que tous les professionnels ou spectateurs devraient lire régulièrement car ils y trouveraient une documentation exceptionnelle sur toutes les activités du Théâtre.

Comme ton grand ami Marcel MARÉCHAL, tu considères que les crédits qui sont attribués aux animateurs des établissements du secteur théâtral public ne sont pas destinés à leur permettre de choisir des pièces de nature à satisfaire leurs propres fantasmes, mais d'apporter au plus large public de la Joie, de la poésie.

Tu es, à toi seul, un incroyable monument de Culture mais, avec une telle gaîté, une telle simplicité, qu'après t'être consacré à des œuvres d'un tout autre style, ton appétit de vivre et de tout connaître te donne aussi parfois des envies de récréations par exemple, en adaptant Le Diamant rose dont le comique explosif, merveilleusement servi par des comédiens de premier plan et un des meilleurs metteurs en scène actuels, va certainement enchanter pendant de très nombreuses représentations le public du si sympathique Théâtre DAUNOU.

J'allais oublier, entre autre, ce petit grain de folie qui t'a incité à me demander quelques lignes pour le programme, alors que nombre de tes amis, infiniment plus célèbres que moi, auraient été ravis de les écrire.

C'était à tes risques et périls, tant pis pour toi, cela me permet de t'asséner quelques vérités notamment celle-ci: J'ai beaucoup d'estime et d'amitié pour toi.

Aventures d’un jeune médecin

D'après le roman de Mikaïl Boulgakov

créationCréation à Marseille - Théâtre national de Marseille / la Criée (1991)

Avec : Jean-Paul Bordes, Annie Le Youdec.

Partenaires

D'après Speed the Plow de David Mamet

Partenaires
Édition :
Actes-Sude Papiers
Partenaires

créationCréation à Paris - Théâtre de la Michodière (1993)

Mise en scène Bernard Stora
Décor Philippe Berry, costumes Christian Gasc.

Avec : Fabrice Luchini, Richard Berry, Anne Brochet.

Fabrice Luchini et Anne Brochet
Partenaires / Fabrice Luchini et Anne Brochet
Richard Berry
Partenaires / Richard Berry

 

créationCréation en Belgique - Théâtre du Rideau de Bruxelles sous le titre : Scénarios (1994)

Mise en scène Adrian Brine

Avec : Alain Leempoel, Michel Israel, Isabelle Paternotte.

Tournées Atelier-Théâtre Actuel

Avec : Richard Berry, Daniel Russo, Fabienne Babe.

Les Étoiles dans le ciel du matin

D'après le dramaturge russe Alexandre Galine

Les Étoiles dans le ciel du matin
Édition :
Actes-Sud / auteurs
Les Étoiles

créationCréation à Paris : Théâtre de Proposition (1994)

Mise en scène de Daniel Berlivoux

Avec : Franck Fairlo dit François Feroleto ...

Oleanna

D'après Oleanna de David Mamet

Oleanna
Édition :
Actes-Sud Papiers
Oleanna

créationCréation à Paris - Théâtre de la Gaîté Montparnasse (1994)

Mise en scène Maurice Bénichou
Décor et costumes Gérard Didier.

Avec : Charlotte Gainsbourg, Maurice Bénichou (reprenant le rôle d'André Dussolier).

Charlotte Gainsbourg et Maurice Benichou
Oleanna / Charlotte Gainsbourg et Maurice Benichou

Critique / Frédéric Ferney (Le Figaro)

"La scène se passe dans le bureau d'un professeur d'université. John, qui enseigne l'éducation, est pontifiant, libéral, compréhensif. En face de lui est assise Carol, une étu­diante inquiète, timide, rebelle. Au début, John reçoit Carol un peu distraitement : ce n'est pas sa disciple la plus brillante ; il est surtout préoccupé par l'achat de sa nouvelle maison et s'interrompt sans cesse pour ré­pondre au téléphone à sa femme.

Au fil de l'entretien, John, de plus en plus attendri par Carol, qui craint d'être collée à son examen, devient plus humain. Il prend le temps de rassurer l'étudiante, visiblement au bord de la crise de nerfs, et se pique de désarmer son hostilité. Le mandarin joue un peu les contestataires : il scie la branche sur laquelle il est assis, il s'amuse à allumer la mèche. Les exams ? Foutaises, mon petit ! Il se sait brillant, il est de mauvaise foi. On dirait Pierre Bourdieu.

Soudain, tout change. On apprend que Carol a porté plainte contre son professeur, accusé notamment de harcèlement sexuel ! Nous sommes bien en Amérique, celle - sectaire, puritaine, violente, hygiénique, obscène - de la prohibition et des ligues de vertu. Carol est-elle une détraquée ? Une ré­volutionnaire ? Une féministe ? Peu importe : John est victime d'une machination militante, abstraite, juridique, d'autant plus implacable qu'elle s'exerce en toute impunité démocratique, sans haine. Il a en face de lui une enragée, un garde rouge ignare et sans scrupules, qui l'humilie sereinement au nom d'un idéal de pureté.

Maurice Bénichou (John) est un comédien d'une précision et d'une virtuosité exception­nelles. Il y a dans son jeu une forme douce, presque imperceptible, de cabotinage, comme si le comédien était en permanence à l'écoute de son brio, de son intelligence, de sa drôlerie. C'est un moteur de Rolls-Royce peu soucieux de démontrer cette puissance qu'il contient, mais qu'il peut aussi libérer à la faveur d'accélérations d'une brutalité inouïe.

En face de lui, Charlotte Gainsbourg (Carol) manifeste une justesse immédiate, une tension qu'on perçoit d'autant mieux que l'ac­trice ne joue d'aucune fantaisie, d'aucun charme. Elle pourrait recevoir une chaise sur la tête que son tempo n'en serait pas altéré. Il y a en elle une énergie qui vaut toutes les grâces. Elle aussi se montre capable de vio­lences sans qu'elle semble forcer son talent. Pas la moindre goutte de sueur ! Avec ce spectacle qu'il a lui-même mis en scène, Maurice Bénichou nous fait une proposition théâtrale qui s'impose par sa netteté et sa conviction, dans une excellente adaptation de Pierre Laville. David Mamet est un extrémiste : il n'y a chez lui aucune différence entre la vérité et la paranoïa. Sa pièce est un coup de poing. On aimerait en rire, mais on en est incapable. C'est magistral et terrifiant."


Critique / Marion Thébaud

À l'heure où les étudiants descendent dans la rue, cette pièce qui donne une réponse à leurs emportements tombe à point. Que veulent-ils ? Être écoutés. C'est exactement ce que demande Carol à son professeur. Elle est maladroite, convaincue de son incapacité, et demande de l'aide. Il jongle avec les paradoxes, s'amuse à brouiller les cartes, un rien condescendant, impatient de partir et d'acheter la maison de ses rêves.

Ce pourrait être une comédie sur le malaise des générations, c'est beaucoup plus féroce. Mamet en profite pour mettre en question le système éducatif et martèle l'idée que, dans un monde sans valeurs et sans fondements, l'homme et la femme sont réduits à une lutte sans merci. La pièce adaptée par Pierre Laville est assez terrifiante. Du moins elle a le mérite de provoquer notre perplexité. Sommes-nous arrivés à ce stade d'incompréhension et d'intolérance où tout dialogue est vain ? Lui va se voir condamner pour harcèlement sexuel. Elle se retrouve dans le rôle de la terroriste de service. Mais ce n'est pas ce qu'elle voulait. Elle est seule à tout jamais.

Charlotte Gainsbourg est une révélation. Elle est étonnante du début à la fin et met presque dans sa poche Maurice Bénichou, qui n'en est pas à son coup d'essai. C'est dire sa performance.

Création en Belgique : Théâtre du Rideau de Bruxelles (1995)

Avec : Valérie Marchand, Christian Crahay.


Nouvelle production de la Comédie de Saint-Etienne (1997)
Reprise au Théâtre 13 à Paris

Mise en scène Daniel Benoin

Avec : Daniel Benoin, Nadia Farès.

Un Mari idéal

Nouvelle version de An Ideal Husband d' Oscar Wilde

Un mari idéal

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (10 nominations, 3 Molières), 730 représentations (1994)

Mise en scène Adrian Brine
Décors Roberto Plate, costumes Bernadette Villard.

Avec : Anny Duperey, Didier Sandre, Dominique Sanda, Frédéric Van Den Driessche, Florence Darel (Françoise Gillard), Jacques Debary, Edith Perret.

Puis : Cristiane Cohendy, Michael Denard, Bernard Alane, Aurore Clément, Clotilde Baudoin.

Didier Sandre
Un mari idéal / Didier Sandre
Un mari idéal
Un Mari idéal / au second plan : Pierre Laville, Anny Duperey, Didier Sandre, Daniel Darès, Héléna Bossis, Frédéric Van Den Driessche, Adrian Brine, Cécile Léandri - Laville
au premier plan : Jacques Debary, Florence Darel, Dominique Sanda et Edith Perret

Critique / Pierre Marcabru

"Au milieu d'acteurs justes, actifs, et qui font bien leur travail, un comédien, parfois, apporte une évidence personnelle, une vérité intime, qui. en approfondissant le rôle, éclaire toute la pièce et redonne à l'auteur ses droits. Ainsi s'offre à nous Didier Sandre dans Un mari idéal . Pierre Laville en bon jardinier, a élagué le texte pour le laisser mieux respirer On voit, enfin, l'architecture (toujours solide au XIXème siècle) que trop de ronds de jambe et de girandoles avaient masquée. Brusquement, dépouillés de leurs artifices, du superflu, des encombrements du bavardage, les personnages se révèlent dans leur complexité. Ces libertés étaient nécessaires pour qu'Oscar Wilde retrouve ses coudées franches. Et Oscar Wilde, c'est Arthur Goring tel que Didier Sandre l'a conçu.

Je ne reviendrai pas sur la pièce dont Frédéric Ferney a dit tout le bien qu'il fallait en penser . Restons-en donc à Didier Sandre. C'est un acteur se lon mon cœur, à la fois discret et aigu, trouvant d'instinct le bon équilibre entre le langage et le geste, et sans jamais forcer l'effet. Il a cette intelligence du texte, toujours attentive toujours amicale, qui permet d'apprivoiser en douceur le personnage. On l'a vu souvent plus sombre, plus inquiet, loin de la comédie boulevardière, dans des rôles fuyants et troubles, et qu'il maîtrisait à merveille. Il fut aussi un Comte Almaviva d'une élégance et d'une distance qui jamais ne tuaient l'humaine fragilité. Toujours il apportait dans l'attendu l'imprévisible.

Ici, il réussit à conjuguer, ce qui n'est jamais simple, la frivolité et la gravité. Tout l'art de Wilde est ainsi fait : douloureux et léger, brillant et sombre, mondain et soli­taire. Paradoxes aussi brefs que la vie du funambule sur son fil. Voilà ce qu'a fort bien saisi Didier Sandre, sans manigances, sans poudre aux yeux. Cette difficile cohabitation en un seul homme de l'abandon au monde et du refus du monde. D'un côté la grâce, la séduction : de l'autre, la précarité, la nostalgie, la lucidité. et. au bout du compte. le sentiment que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Le tout en un même corps. Pas commode à faire passer ! Surtout si on veut éviter le cynisme, dangereuse complaisance que Didier Sandre fuit comme la peste.

De Musset à Wilde iI y a, à peine signalé, du romantisme dans ces contradictions où la gaieté n'est que le reflet de la mélancolie. C'est le romantisme d'Octave pour qui Sandre semble avoir été créé. Et il est vrai que, de Musset à Wilde, le chemin n'est pas si long, tous deux, suivant leur pente, promis à la chute, et la cherchant secrètement. Toutes ces rêveries pourraient tirer le personnage vers l'ombre. Il n'en est rien. Le comédien a l'humour, la fantaisie, l'allégresse physique que réclame le rôle. Mais nous ne sommes pas dupes. Dans la pirouette, on sent le mal­être, le vertige, la surprise.

Sous la peau du dandy se cache un moraliste. Wilde, qui n'était pas à un paradoxe près, le sera à sa façon, cinglante et amorale. Ces variations, Didier Sandre, jusqu'à la cocasserie, les indique sans jamais souligner, ne cherchant point l'approbation du public, mais l'enchaînement vif et vrai d'émotions fugaces. C'est un luxe personnel, le spectateur attrape ce qu'il peut, mais il sent bien dans ces subtils changements à vue une continuité du senti­ment et du cœur. une persévérance à incarner ce que le personnage dicte.

En France, on ne voit la plus souvent dans Oscar Wilde que l'artificier de salon, le bel esprit en belle humeur, coruscant et désinvolte, grand amateur d'épigrammes et de sophismes, satiriste de bonne compagnie, et qui fait des bons mots comme le pommier des pommes. C'est aller un peu vite en besogne, et oublier l'ambiguïté des caractères et des situations, le poids du masque, qui donnent à son œuvre, aujourd'hui encore, sous la feinte superficialité du propos, une lucidité très singulière faite, sans jamais s'appesantir, de méfiance et d'ironie à l'égard de soi et des autres. Merci à Didier Sandre de nous l'avoir rappelé."


Critique / Frédéric Ferney (Le Figaro)

"On ne devrait jamais parler d'Oscar Wilde. Il rend les critiques stupides : d'ailleurs, ils sont fiers, ils savent qu'ils n'ont besoin de personne pour cela. On ne vous raconte pas la pièce : vous en découvrirez vous-même les subtilités d'un autre âge. La surprise vient de ce que, sous son allure de papotage suranné et mondain, cette comédie sur le pouvoir (et la pureté), créée à Londres en 1895, nous touche encore cent ans après, avec de cinglantes allusions sur le passé crapoteux des hommes politiques, surtout quand ils sont irréprochables ! Wilde, déjà, nous parle de délits d'initiés, de corruption et de « politically correct » : avec lui, on en apprend plus sur la bourgeoisie qu'en lisant Das Kapital.

La mise en scène d'Adrian Bine est superbement effi­cace, à l'anglaise, grâce à l'adaptation de Pierre Laville, qui débarbouille en douceur la pièce de quelques ornements, sans rien perdre de sa vitalité et de son audace. Oscar Wilde a mis beaucoup de lui-même et de son ami lord Douglas dans le personnage d'Arthur Goring, qui profère des horreurs avec des élégances de cerf blessé : on sait (mais Wilde, sans doute, le devine) que, deux ans plus tard, l'au­teur scandaleux sera cloué au pilori par ses adulateurs.

Didier Sandre, qu'on n'attendait pas dans cet emploi de dandy fin-de-siècle, lui prête un éclat exquis et tragique, un charme las d'enfant terrible. Il éclaire de son pas ivre et dansant tous ces flaflas de Belle Époque ; il pose un grain de beauté sur la joue de l'intelligence ; il leste la frivolité d'un soupçon d'amertume. Il est si élastique, si vivant, qu'il ôte à la pièce tout ce qu'elle peut comporter parfois de parlerie insouciante et vaine. Auprès de lui, Frédéric Van den Driessche (sir Robert Chiltern), sans démériter, paraît un peu en dessous. De leur côté, Dominique Sanda (lady Chiltern) et Anny Duperey (Olivia Cheveley) jouent les biches sans jamais craindre qu'on puisse les confondre : la première est si bonne, si ennuyeuse, comme sont les épouses quand elles sont sans défaut ; la seconde, une toupie, une intrigante et une gourgandine. L'une ne va à cheval que sur les principes ; l'autre mène sa vie au galop et les hommes à la cravache en faisant : « Ha ! Ha ! » Anny Duperey, qui est excellente dans les chatteries et toussote avec génie, a beau jeu, devant Dominique Sanda, plus désincarnée et plus gauche.

Grâce aux comédiens (on trouve parmi eux Jacques Debary, Edith Perret, épatante en vieille perruche victorienne, et la ravissante Florence Darel), la comédie reste légère sans perdre sa teinte de gravité, comme si d'une joie même le souvenir était toujours mélancolique.

Ce qu'on ne peut qu'admirer, ici, c'est la facture de l'intrigue, cousue de main de maître, et qui culmine à l'acte III dans une suite brillante de quiproquos. « Very successfui, indeed ! »"

Un mari idéal

Tournées en France et pays francophones Théâtre de l'Atelier-Théâtre Actuel (1998)

Création en Belgique - Théâtre Royal du Parc à Bruxelles (2002)

Mise en scène Michel Kacenelenbogen

Avec : Manuela Servais, Alain Leempoel, Patricia Houyoux, Pierre Dherte, Micheline Goethals, Michel Israël, Danièle Denie.

un marido ideal
nouvelle version traduite en espagnol
de ideale echtgenoot
nouvelle version traduite en néerlandais

Trois Femmes grandes

D'après Three Tall women d’ Edward Albee (Prix Pulitzer)

Trois femmes grandes
Édition :
Actes-Sud Papiers
Trois femmes grandes

créationCréation à Paris - Théâtre de l’Atelier (1996)

Mise en scène Jorge Lavelli
Décor et costumes Graciela Galan.

Avec : Denise Gence, Judith Godrèche, Françoise Brion, Alexandre Medvedev.

Denise Gence
Trois Femmes grandes / Denise Gence
Françoise Brion et Judith Godrèche
Trois Femmes grandes / Françoise Brion et Judith Godrèche
Denise Gence, Judith Godrèche et Françoise Brion
Trois Femmes grandes / Denise Gence, Judith Godrèche et Françoise Brion

Critique / Philippe Tesson (Le Figaro)

"Depuis bien longtemps, depuis que les hommes pensent et s'expriment, ce sont toujours les mêmes questions qu'ils posent, et les mêmes réponses qu'à peu de choses près ils apportent. Cela est vrai pour tous les grands problèmes existentiels : la vie, la mort, le bonheur... S'ils avaient été résolus, cela se saurait ! Ce qui fait l'originalité d'un artiste et le prix de son œuvre, c'est la manière dont il évoque ces problèmes, et les chemins qu'il ouvre pour provoquer notre réflexion et notre émotion.

On y songeait en voyant Trois Femmes grandes. La vie, la mort, le bonheur : ce sont justement ces thèmes-là qui vont au cœur de la pièce. Rien de nouveau. Trois femmes s'interrogent. Quel est l'âge du bonheur ? Est-ce celui de la jeunesse, quand les meilleurs moments sont encore à vivre ? Est-ce celui de la maturité, où l'on vit chaque moment comme le plus heureux, parce qu'on est un peu sage et plus tout à fait stupide ? Ou bien n'est-ce pas plutôt celui de la vieillesse, aux lisières de la mort, « quand tout est accompli, quand on s 'arrête », quand on est déjà à côté de soi-même ?

On le voit, la problématique est assez banale. Mais Edward Albee n'est pas un artiste banal. Et il invente sur ce thème usé une variation théâtrale totalement inédite, d'une grande et belle intensité. De ce questionnement, il fait une étrange et boulever­sante cérémonie, funèbre dans ses apparences, profondément vitale pourtant. Il y a dans cette pièce, qu'on pourrait comparer à un chœur tragique, une espèce de sagesse heureuse, une force, une santé même tout à fait étonnantes. Et une vérité.

Sous nos yeux, une vieille femme nonagénaire, à demi invalide. insupportable, excentrique, obscène, n'en finit pas de résis­ter à la mort avec une énergie animale. Elle est entourée d'une infirmière qui a l'âge d'être sa fille et d'une jeune secrétaire qui pourrait être sa petite-fille. À travers leur relation se joue la lutte de l'homme pour la vie. Une mise au tombeau d'un réalisme cruel. Rideau.

Second acte. Les trois femmes sont à nouveau en scène, au chevet du cadavre de la morte. Mais on découvre que toutes trois sont le même personnage, chacune à un âge de la vie. Et le passé de la défunte se reconstitue sous nos yeux, par fragments, dans sa diversité inconciliable en même temps que dans son unité. Toutes trois étrangères l'une à l'autre, mais unies par un destin commun, et pour cause. Une étonnante reconstitution de ce qui a été, vu de l'intérieur de soi-même. Une fascinante plongée introspective, magistralement mise en scène par Lavelli.

Trois actrices grandes : Judith Godrèche, belle et émouvante, Françoise Brion, élégante, juste, intelligente, et la plus que jamais superbe Denise Gence."

 

Création en Suisse - Nouvelle production du Théâtre Grütli à Genève (2000)

Variations sur les écureuils et les canards

D'après Duck variations et Squirrels de David Mamet

créationCréation en Belgique - Théâtre de La Valette, Bruxelles (1996)

Mise en scène et jeu Alain Roy

Qui a peur de Virginia Woolf ?

Nouvelle adaptation d'après Who’s afraid of Virginia Woolf d’Edward Albee

Qui a peur de Virginia Woolf ?
Édition :
Actes-Sud Papiers

créationCréation en Belgique - Théâtre Le Public à Bruxelles (1996-1997)

Mise en scène Michel Kacenelenbogen

Avec : Anne-Marie Cappeliez, Patrick Descamps, Serge Demoulin, Valérie Lemaître.


Théâtre de la Gaîté Montparnasse (1997) (1 Molière)

Mise en scène John Berry
Décor Laurent Peduzzi, costumes Juliette Charaud.

Avec : Myriam Boyer, Niels Arestrup, Hugues Boucher, Nathalie Hugon.

Critique / Fabienne Pascaud (Télérama)

"Un spectacle electro-choc. Un spectacle qui tétanise, paralyse, puis, mystérieusement, appaise après trois heures de théâtre-coup de poing où la moindre réplique vise à anéantir le partenaire, à le faire descendre aux enfers. Est-ce à cause de cette expérience physiquement éprouvante pour les spectateurs, pour les acteurs, qu'on n'osait plus rejouer Qui a peur de Virginia Wool f? depuis 1962 ?

Quel titre énigmatique, aussi, et qui ne sera jamais expliqué tout au long de la pièce... Les personnages fredonnent juste cette petite phrase comme une comptine, à la manière de Qui a peur du grand méchant loup ? des Trois Petits Cochons, de Walt Disney. C'est que nous sommes en Amérique ; mais sur le campus universitaire de la Nouvelle Carthage. Alors, les intellos mis en scène par Edward Albee dissimulent sous un mauvais jeu de mots, un mauvais clin d'œil vaguement littéraire, leur terreur de vivre. Et leur terreur de continuer à s'aimer encore quand les illusions sont mortes ; quand, avec le temps, l'autre sait vos impuissances, vos échecs, vos manques ; quand désirs et délires s'en sont allés.

Martha ne croit plus en George, son mari. Et George n'en finit pas d'agresser Martha pour mieux se défendre de son mépris. Quand il a épousé cette fille unique du patron de l'université, il était un jeune professeur d'histoire plein d'avenir, qui aurait pu, qui aurait dû succéder à beau-papa. Seulement George a déçu. Il n'avait pas l'âme d'un chef, pas l'âme de beau-papa. Martha, vampirisée par le père trop admiré, ne s'est jamais remise de cette déception-là.

Pourtant il fallait rester ensemble, continuer, résister à la médiocrité. Heureusement, il y avait l'alcool, il y avait les mensonges, il y avait la guérilla conjugale quotidienne pour se donner le frisson de vivre quand même. Martha et George ont choisi de s'entre-déchirer, de se défier, de s'humilier pour préserver le feu de leur foyer. Ils entretiennent leur désir à coups de haine.

Un jeu dangereux, dont on sort à moitié mort. Mais à moitié en vie aussi ; et cette parcelle de vie suffit pour subsister dans nos sociétés occidentales vieillissantes, lentement gagnées par la stérilité... Qui a peur de Virginia Wolf ? ne raconte pas seulement la morbide dérive d'un couple, les errances cruelles de deux intellectuels paumés. La corrida sentimentale d'Albee est une brutale métaphore de notre fin de siècle, où l'on ne survit qu'en détruisant, où n'enfante plus que la mort. En pleine période de croissante capitaliste, d'Amérique apparemment triomphante et expansionniste, elle nous renvoie l'image prémonitoire d'un pays où les idéaux d'antan sont en faillite, et les idéologies en panne. Un monde qui va s'enliser bientôt dans la guerre du Vietnam.

Pierre Laville a superbement adapté, ravivé ce texte dense, violent, redondant, imbibé de vapeurs d'alcool et d'outrances d'alcooliques. De bout en bout, on s'accroche à ces paroles qui tuent, un suit ces héros victimes et bourreaux dans leurs passions assassines. Et on s'accroche à une espérance de paix quand surviennent, enfin, l'épui­sement des combattants et les premières lueurs de l'aurore, après les joutes enivrées de la nuit. Car la pièce se passe en une seule nuit, respectant bizarrement l'unité de temps, de lieu, d'action des tragédies classiques. Myriam Boyer et Niels Arestrup y sont Martha et George, ces apocalyptiques guerriers de l'amour, jouant sadiquement au passage avec un jeune couple innocent, finement interprété par Hugues Boucher et Nathalie Hugon. En quelques heures, ces deux pathétiques amants, ces monstres ratés font traverser au public les zones les plus douloureuses, les plus troubles de la passion et du désir. Leur parcours d'interprètes est éblouissant ; car on vit avec eux l'horreur, on partage leur hargne, leur fatigue, leur abandon. Ce spectacle-là est un vrai duo acteurs-spectateurs, un cheminement ensemble. Une aventure dont on sort exsangue, ébranlé. Et étrangement content, paradoxalement revivifié."


Reprise à Paris au Théâtre de l’Œuvre (1998)

Qui a peur de Virginia Woolf ?

Mise en scène Pierre Constant

Avec : Béatrice Agenin (Marie-Christine Barrault), Jean-Pierre Cassel, François Feroleto, Anne Loiret.

 

Jean-Pierre Cassel et Béatrice Agenin
Qui a peur de Virginia Woolf ? / Jean-Pierre Cassel et Béatrice Agenin

Critique / Bernard Thomas (Le Canard enchaîné)

"Edward Albee peut se vanter d'avoir frappé fort durant la saison. Au cœur de l'hiver, on a pu voir Niels Arestrup mettre KO technique sa partenaire Myriam Boyer, éliminée par jet de l'éponge après un corps à corps mouvementé au deuxième round. Catherine Arditi ramassa le défi, affrontant en valeureux challenger le cham­pion à la Gaîté-Montpamasse. Bilan : l'abandon.

Aujourd'hui, Jean-Pierre Cassel reprend les gants contre Béa­trice Agenin. Un combat à mort entre George, le profs arcastique qui n'est jamais parvenu à deve­nir patron du département d'histoire, et Martha, son épouse depuis vingt-deux ans, fille alcoolique, excessive, mépri­sante, du patron de l'université. Les unit une haine amoureuse qui se traduit par une bagarre sans merci où les coups les plus bas et les plus vicieux sont une manière encore de cacher un vieux fond de tendresse. La quête d'absolu à laquelle ils n'ont pas renoncé.

L'élégance craque d'emblée pour céder à leurs férocités de fauves sous le regard atterré des témoins convoqués au spectacle : parce qu'il faut évidemment des voyeurs à la corrida. Frank Fairlo, le jeune collègue biolo­giste, et sa nunuche mais riche épouse, Anne Loiret, fille d'un prêcheur millionnaire en dollars grâce à des simagrées de bondieuseries, effarés, se retrouvent bientôt culbutés à leur tour dans l'arène sanguinaire, impliqués contre leur gré par leurs hôtes dans le terrible jeu de la vérité. Ils sont tous les deux très bien, lui vibrant avec la raideur qui sied au brillant universitaire dont chaque sourire révèle les dents longues. Elle, douée de la troublante et délicate cocasserie des ingénues perverses.

Jean-Pierre Cassel empoigne son rôle épouvantable d'acharné vicieux, triturant à plaisir la chair de sa compagne avec une vigueur sans faille derrière laquelle perce toujours une vague petite lueur d'humanité. Chaque prestation théâtrale le révèle plus ample, plus mûr, plus maîtrisé. Cynique jusqu'au bout des narines, il n'est pas noir comme un Arestrup : il assume le destin qui le mène. Prédateur, il lui faut bien fouailler jusqu'à l'extrême pour tenter de trouver sous les masques et les oripeaux, les conventions et les hypocrisies, la palpitation de la vérité.

Mais le monstre, c'est elle, Béatrice Agenin. Elle arrache le cœur dans ce personnage qui a marqué au fer ceux qui ont osé s'y mesurer - Raymond Gérôme et Madeleine Robinson s'entre­déchiraient encore, par hommes de loi interposés, des années après la création parisienne en 1962. Hyène et panthère, elle feule, mord à pleine bidoche, se love, titube, cherchant des forces au fond d'un nouveau verre pour mieux saccager l'insupportable apparence, jusqu'à expirer, vain­cue mais renaissante dans un ultime râle. Une immense tragédienne.

La mise en scène de Pierre Constant dans le parfait décor de Laurent Peduzzi s'efface comme naturellement devant la cruauté des situations, et l'adaptation de Pierre Laville, brillantissime, donne aux héros pathétiques juste le coup de brosse qui rend leur douleur plus palpable. Au bord de la suffocation, le public cherche le moindre pré­texte pour soulager sa tension dans le rire - et y parvient. Ce n'est évidemment pas la querelle entre deux poivrots vieillissants, aigris et ratés que nous raconte Albee : c'est l'insoutenable recherche de la moindre lumière dans une société corsetée, sans même s'en rendre compte, par les principes et les schémas formels qui rendent respectables, mais où l'âme n'a pas sa place."

Création en Belgique - Nouvelle production du Théâtre Le Public à Bruxelles (1997)

Création en Suisse - Nouvelle production du Théâtre de Poche de Genève (1998)

Mise en scène Jacques de Torrente

Avec : Catherine Sumi, Michel Rossy, Christine Stultzmann, Roland Vouilloz.

Tournée Pascal Legros (1999)

Mise en scène Jean-Luc Revol

Avec : Judith Magre, Niels Arestrup.

Slaves ! Réflexion sur les éternels problèmes posés par la vertu et le bonheur

D'après Slavs ! Thinking about the longstanding problems of vertue and happiness de Tony Kushner

créationCréation à Paris - Théâtre national de la Colline (1996)

Mise en scène Jorge Lavelli
Décors et costumes Antonio Lagarto.

Avec : Isabelle Carré, Roland Bertin, Yann Colette, Isabelle Sadoyan, Jean-Claude Jay, Maria Verdi, Michel Peyrelon, Luc-Antoine Diquero, Isabel Karajan, Axelle Grelet.

Roland Bertin
Slaves / Roland Bertin
Isabelle Carré
Slaves / Isabelle Carré

Master Class La leçon de chant

D'après Master Class de Terrence McNally

Master Class
Édition :
Actes-Sud Papiers
Master Class

créationCréation à Paris - Théâtre de la Porte Saint-Martin (3 nominations aux Molières) (1996)

Mise en scène Roman Polanski
Décors François de la Mothe, Costumes Germinal Rangel, projections Patrick Pavillard.

Avec : Fanny Ardant, avec deux soprani et un ténor et Jeff Cohen, accompagnateur.

Fanny Ardant
Master Class / Fanny Ardant
molières

Critique / Pierre Marcabru

"Au commencement, il y a l'acteur, celui qui agit, celui qui s'incarne. Tout part de lui et tout revient à lui. Le plus grand metteur en scène du monde -aurait-il le génie du mouvement et de l'espace - sans l'acteur n'est qu'un plasticien, qu'un faiseur de mirages. La chair lui échappe. Et le théâtre n'est que chair. Présence fugtive et charnelle d'un être qui se donne en spectacle. D'où le miracle, d'où le danger. Tout est possible, rien n'est gagné.

L'acteur, chaque soir, se jette au feu. Toujours différent à nos yeux et toujours en lui-même semblable. C'est cette humaine précarité qui nous charme, et qui fait du théâtre un art à part, instable, incertain, cruel. Nous regardons le funambule sur son fil. Tombera-t-il ?

J'y songeais en voyant Fanny Ardant se glisser pen­dant deux heures dans la peau de la Callas (Théâtre de la Porte-Saint-Martin). Entreprise périlleuse ! Naturellement, il ne s'agit pas de la Callas telle que Dieu l'a faite. Il s'agit de la Callas réinventée par Terrence McNally et rêvée par Fanny Ardant. Il s'agit d'un personnage imagi­naire, doublement imaginaire, mais qui porte un nom connu. Portrait à l'américaine, à gros traits, à effets, et avec des couleurs parfois criardes. Ce n'est pas la pièce ici qui nous intéresse (Frédéric Ferney a dit ce qu'il en pensait dans nos éditions du 5 décembre 1996), mais l'actrice dans la pièce, et ce qu'elle fait du personnage qu'on lui donne.

Fanny Ardant est passion. Elle met dans sa composition, qui est celle d'une femme au comble de la solitude, plus d'amour que de réflexion. Elle se donne, elle brûle, c'est une flamme. Sa grande bouche, ses longues mains, son élégance de corps et de cœur sont au service de cette passion. Elle a des brusqueries garçonnières et des abandons de petite fille. Elle a de la grâce, mais point de moelleux. De la fragilité, mais point de faiblesse. Ce n'est pas un monstre, ce n'est pas un ogre, c'est une femme. Une femme fière et désarmée, et qui s'abat, blessée à mort. Curieusement, c'est quand elle ne hausse pas la voix qu'elle est le plus à l'aise. Je veux dire le plus près d'elle-même. L'impudeur ne lui convient guère. Et, à certains moments, nous ne croyons qu'à demi à ce que l'auteur lui fait dire. Elle a une secrète retenue qui l'em­pêche sur scène de se livrer. Elle a horreur du débraillé,

Qui attend un grand fauve ne le trouvera pas. Fanny Ardant n'est pas Bette Davis ou Liz Taylor. Ce n'est pas une star dans tous ses états. On ne la verra jamais (ce que parfois la pièce réclame) au comble de l'exhibitionnisme. Elle n'en a ni le goût, ni le gé­nie, ni, peut-être, les moyens. Elle garde toujours son quant-à-soi. Une distance presque cavalière qui séduira les uns et agacera les autres. C'est par quoi elle nous charme. Elle entre dans cette pièce un peu vulgaire, parfois complaisante, avec des allures de princesse. Elle donne un autre ton. Elle a de la tenue. Elle échappe vers le haut.

L'acteur, on le voit, est toujours maître du jeu. La comédienne aussi. Roman Polanski a beau ici et là essayer de la tirer par les pieds, et parfois de la mécaniser, Fanny Ardant reste lisse, très jeune fille de Giraudoux, impeccable, dans le sens fort du terme. On ne la sent point physiquement dévastée par la vie, mais, par contre, mora­lement brisée. Il y a quelque chose d'héroïque dans sa manière d'aborder le rôle.

Elle n'en accepte que les beautés, que les éclats, que l'intensité. C'est exalter le personnage tout en le réduisant. Maria Callas avait sans doute en elle plus de souffrances accumulées. Je ne sais quoi de douloureux et de peuple, une usure de l'être, et jusque dans la gloire, qui manque à Fanny Ardant. Qu'importe ! Elle va où elle veut aller, et nous la suivons. Elle est d'abord allégorie.

Ici donc, encore une fois, tout est dans l'interprétation. Auteur, metteur en scène, sont effacés d'un coup de gomme. Il reste cette femme sur les planches, et qui, même si quelques comparses l'entourent, est seule avec ses songes. C'est donc Fanny Ardant qu'on jugera, et qu'il faut juger. On ira la voir, et l'applaudir, pour ce qu'elle est avant de s'interroger sur ce qu'elle fait. On se souviendra d'un combat où l'actrice, prenant la salle à témoin, parfois gagne, parfois perd, mais reste toujours debout. Et salue."

Nouvelle production en tournée Artémis Productions (1998 et 1999)

Reprise au théâtre Antoine (1999)

Mise en scène de Didier Long

Avec Marie Laforêt.

créationCréation en Belgique - Nouvelle production du Théâtre Royal du Parc (1998)

Mise en scène de Philipe Volter

Avec : Jacqueline Bir...

La Prédiction de Venise

En collaboration avec Bruno Racine, d'après son livre Le Gouverneur de Morée

Répertoire de France Culture (1997)

Avec : Jean-Pierre Cassel, Pierre Santini, Gérard Lartigau, Eric Dufay, André Falcon.

Zoo Story

Nouvelle adaptation de Zoo Story d’ Edward Albee

zoo story

créationCréation en Belgique - Théâtre Le Public à Bruxelles (1998)

Avec : Patrick Brüll, Alexandre von Sivers.


Création en Suisse - Nouvelle production du Théâtre du Grütli à Genève (2000)

Mise en scène Mony Rey

Avec : Philippe Lüscher, Benjamin Feitelson.

Délicate Balance

D'après Delicate Balance d’Edward Albee

Délicate balance
Édition :
Actes-Sud Papiers
Délicate balance

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (2 nominations aux Molières, 1 Molière) (1998)

Mise en scène Bernard Murat
Décor Nicolas Sire, costumes Carine Sarfati.

Avec : Geneviève Page, Geneviève Fontanel, Henri Garcin, André Falcon, Anne Consigny, Annick Alane.

Tout Contre (Closer)

D'après Closer de Patrick Marber (Laurence Olivier Award, meilleure pièce)

Tout contre

créationCréation à Paris - Théâtre Fontaine (3 nominations aux Molières) (1998)

Mise en scène Patrice Kerbrat
Décors Edouard Laug, costumes Valérie Delafosse.

Avec : Anne Brochet, Gad Elmaleh, Caroline Sihol, Jean-Philippe Ecoffey.

Critique / Nicole Manuello (France-Soir)

Dans un couple, est-il nécessaire de toujours se dire la vérité ? Lorsqu'un mari ordonne à sa femme « Ne mens pas, dis-moi tout », ne prend-il pas un risque démesure ? Si le mensonge est odieux, la vérité est souvent insupportable. En amour, les maniaques de la franchise l'apprennent à leurs dépens : faute avouée est rarement pardonnée.

Il faut dire que les quatre personnages de cette comédie vont au-devant des ennuis : A est amoureux de B, puis s'éprend de C, alors que D a épousé C, qu'elle quittera pour A, et que D nouera une liaison avec B... C'est compliqué, compliqué comme la vie. Mais c'est aussi particulièrement bien observé. Et tendre. Et drôle.

Oh, bien sûr... on a déjà entendu, au théâtre, ces dialogues terriblement modernes issus d'un langage calé dans son époque, un peu « mode », qui, sans doute, dans une cinquantaine d'années, semblera démodé au dernier degré. Il n'empêche : au jour d'aujourd'hui, on s'amuse beaucoup, et tant pis pour une aléatoire postérité. On éprouve le même plaisir que devant les spectacles de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui ( Cuisine et dépendances, Un air de famille ) auxquels la pièce de Patrick Marber s'apparent un peu : tous ces acteurs ont été nourris a la même Blédine. En plus celui-là est né à Londres : il manie donc le temps, l'action et le lieu comme seul un Anglais sait le faire. En y ajoutant les possibilités modernes d'Internet, avec le vocabulaire cru et direct employé entre eux par les correspondants. Puisqu'il est beaucoup question de vérité dans cette pièce, qui oserait nier que tout intemaute n'a pas un peu navigué, un jour ou l'autre, dans les pages roses de l'ordinateur?

Dirigés avec intelligence et tendresse par Patrice Kerbrat, les quatre comédiens rivalisent de talent : Jean-Philippe Ecoffey (par moments bouleversant), Anne Brochet, Caroline Sihol et Gad Elmaleh. Tous les quatre sont drôles et émouvants.

Une soirée plaisante, légère et un peu grave. On ne rencontre pas cela tous les soirs !

Création en Belgique - Nouvelle Production du Théâtre Rideau de Bruxelles sous le titre : Closer (1999)

Mise en scène Adrian Brine

Avec : Valérie Marchant, Patricia Houyoux, Jean-Paul Comart, Pierre Dehrte.

Une Chatte sur un toit brûlant

D'après The Cat on a hot tin roof de Tennessee Williams

La Chatte sur un toit brûlant
Édition :
Avant-Scène
Une chatte sur un toit brûlant

créationCréation à Paris - Théâtre de la Renaissance (5 nominations, 2 Molières) (2000)

Mise en scène Patrice Kerbrat
Décor Edouard Laug, costumes Pascale Bordet.

Avec : Cristiana Réali, Samuel Labarthe, Georges Wilson, Annick Alane, Sophie Bouilloux, Emmanuel Patron, Joël Demarty, Emmanuel Pierson.

Une Chatte sur un toit brûlant
Une Chatte sur un toit brûlant / Christiana Reali et Samuel Labarthe
Georges Wilson et Samuel Labarthe
Une Chatte sur un toit brûlant / Georges Wilson et Samuel Labarthe
Molieres

Tournée Pascal Legros (2002)

Avec : Agnès Soral, Robert Plagnol, Georges Wilson, Martine Sarcey.

Critique / Frédéric Ferney

"Le film de Richard Brooks, avec Elizabeth Taylor et Paul Newman, date de 1958. La pièce fut créée, à Paris, au Théâtre Antoine en 1956 dans une mise en scène de Peter Brook avec Jeanne Moreau et Paul Guers. Cette an­née-là, tandis que Guy Mollet reçoit des tomates à Alger, Khrouchtchev lance un pavé dans la mare de Staline au XXe Congrès du PCUS, Grace Kelly épouse le prince Rainier de Monaco, le Stade de Reims avec Kopa est battu en finale de la Coupe d'Europe par le Real Madrid. Fantômes ! L'après-guerre, les années cinquante, un autre monde.

Oui, Tennessee Williams est d'un autre monde, imprégné de pudeurs et de nostalgies qui ne sont plus les nôtres. C'est cela qui nous touche. Le metteur en scène Patrice Kerbrat et son adaptateur Pierre Laville, ont eu raison de nous présenter cette œuvre mythologique dans sa version initiale : la plus brève, la plus belle. En confiant le rôle de Brick à Samuel Labarthe, ils ont fait un bon choix. Ce théâtre-là exige des comédiens une implication totale, un jeu sans frein auquel les Français sont un peu réfractatres. Pas lui.

Samuel Labarthe ne cherche ni à séduire ni à convaincre : il s'échappe, il s'engouffre. Des hoquets, des sanglots, des songes. Un homme blessé. Un Œdipe en pyjama qui erre avec une bouteille de Bourbon dans la gorge. En face de lui, Georges Wilson est lui aussi bouleversant dans le rôle de Big Daddy, le patriarche, Gloucester aveugle du Deep South gueulant dans le vide entre deux fils mal aimés. Comme il nous charme le vieux sorcier, avec ses imprécations qui cachent des stupeurs, des silences, des abîmes de solitude !

Auprès d'eux, Emmanuel Patron dans Gooper, rôle ingrat, mérite lui aussi d'être félicité ainsi qu'Annick Alane, qui joue Big Mamma. Plus périlleux : le rôle de Maggie la chatte, confié à Cristiana Reali. Elle doit être plus dangereuse que jolie ; elle doit être imprévisible, provocante, toxique. Elle doit montrer ses nerfs plutôt que sa beauté. Dans une robe rouge, qui met en relief sa poitrine et ses hanches, Cristiana Reali est crédible. Elle tient sa place. Qui peut dire qu'elle n'est pas une bonne comédienne ?

Alors ? Alors, tout semble ici trop neuf, trop récent, trop contemporain. Il nous manque je ne sais quoi de poisseux, de déglingué, de fatal, sous le vernis. Est-ce le Sud, peuplé de fous, de pasteurs alcooliques et de prophètes ? La Bible, la sueur, les relents d'orage ? Bref, quelque chose de Tennessee qui, au-delà des invectives et des blasphèmes de Big Daddy, demeure un puritain, un prédicateur épris de salut, obsédé par la faute, avec une nostalgie d'enfance, un remords de pureté, comme son héros. Sent-on bien cela ? Pas assez : les murs sont trop blancs, le ciel trop bleu, la peinture trop fraîche. Où sont les moisissures ? "

American Buffalo

Nouvelle version d'après American Buffalo de David Mamet

American Buffalo
Édition :
Actes-Sud Papiers
American Buffalo

créationCréation à Paris - Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées / petite salle (2000)

Mise en scène Michel Fau
Décor Bernard Fau.

Avec : Michel Vuillermoz, Michel Fau, Nicolas Duvauchelle.

American Buffalo
American Buffalo / Nicolas Duvauchelle, Michel Vuillermoz et Michel Fau

Critiques

Frédéric Fesney (Le Figaro)
Trois comédiens épatants. Mamet oscille entre Becket et Tarentino. Un spectacle très jeune, très-mode, très divertissant... Soulignons l'excellent travail d'adaptateur de Pierre Laville.


Bernard Thomas (Le Canard enchaîné)
C'est le choc de la rentrée... La rage comique. Une nouvelle adaptation de Pierre Laville plus corosive encore... C'est peu de dire que la mise en scène de Michel Pau est sacadée comme une rafale.


G.L. (Le Nouvel observateur)
Comédie glauque...


Jacques Nerson (Valeurs actuelles)
Comment expliquer la jubillation... jouée avec beaucoup d'humour et de brio, cette comédie grinçante et drôle est un bijou.


Laurence Liban (L'Express)
C'est formidablement joué...


Jean-Pierre Bourcier (La Tribune)
Michel Vuillermoz est un glandeur hallucinant. Où va t-il chercher toute cette folie maîtrisée ? Magnifique.


F.F. (Le Point)
Nicolas Duchauvelle, qui fait ses débuts au théâtre, trouve d'emblée le ton juste.


Philippe Terson (Le Figaro Magazine)
Texte passionnant, exceptionnel... Pierre Laville a fait comme à l'habitude du très bon travail, surtout avec Mamet, dont il restitue brillament l'écriture elliptique, nerveuse, virile, syncope... admirablement senti, mis en scène et interprêté par Michel Fau, aux côtés d'un excellent Michel Vuillermoz.

Perversité sexuelle à Chicago

D'après Sexual Perversity in Chicago de David Mamet

Perversité sexuelle à Chicago

créationCréation à Paris - Théâtre du Rond-Point (mise en espace) (2000)

Mise en scène Pierre Laville

Avec : Clovis Cornillac, Damien Bigourdan, Isabelle Candelier, Julie Gayet, Vincent Martinez .

Julie Gayet et Clovis Cornillac
Perversion sexuelle à Chicago / Julie Gayet et Clovis Cornillac

Nouvelle production à Paris - Théâtre Rive-Gauche (2004)

Mise en scène Pierre Laville
Décor et costumes Roberto Plate, musique Hervé Devolder

Avec : Stéphane Bierry, Patrice Costa, Anne Loiret, Nathalie Corré.

Perversion sexuelle à Chicago

Paradis perdus

D'après The Old neighborhood de David Mamet

Paradis perdu

créationCréation à Paris - Théâtre du Rond-Point (mise en espace) (2000)

Mise en scène Pierre Laville

Avec : Philippe Uchan, Marie-Armelle Deguy, Michel Vuillermoz, Nathalie Roussel, Patrick Delage.

Madame Sans-Gêne

Nouvelle version d’après Victorien Sardou et Émile Moreau

Madame Sans-Gêne
Édition :
Avant-Scène
Madame Sans-Gêne

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (2001)

Mise en scène Alain Sachs
Décors Guy-Claude François, costumes Emmanuel Peduzzi, musique Patrice Peyrieras.

Avec : Clémentine Célarié, Philippe Uchan, Michel Vuillermoz (Alain Sachs) Frédéric Van Den Driessche, Manuel Durand, Philippe Béglia, Christophe Bouisse, Laurence Colussi, Catherine Griffoni, Cathy Bodet, Anne-Guersande Ledoux, Pierre Zaoui, Olivier Hemon (Alain Sachs, Patrick Laval), Patrick Delage, Laurent Meda, Yves Derlon. (7 nominations aux Molières)

Madame Sans-Gêne
Molières

Critique / Pierre Marcabru

"Qu'est-ce qu'un théâtre populaire ? Si on en croit Jean Vilar, c'est un théâtre civique, moral et pédagogique. Si on s'en tient à Antoine Vitez, c'est un théâtre élitaire pour tous. Allez savoir ! Un théâtre populaire ne serait-il pas simplement un théâtre qui plaît au plus grand nombre ? Si c'est le cas, Mme Sans-Gêne est un bon exemple de théâtre populaire. Les délicats feront la fine bouche. Qu'importe ! Victorien Sardou ne s'adresse pas aux délicats. Avant toute chose, il veut plaire, ce qui dans son esprit est synonyme de distraire. Il y a mille façons de distraire, et celle qu'il nous propose est sans façon, alerte, bonne tille. C'est de l'imagerie d'Epinal. On laisse la psychologie à la porte.

Sardou ne nous dit rien sur Napoléon, Fouché, la Maréchale Lefebvre et son époux, là n'est pas son ambition. Il se contente de dessiner à gros traits des personnages qu'il bariole très brutalement. Il veut qu'on com­prenne tout très vite. Il s'en tient donc à deux ou trois situations qui lui permettent de tirer les ficelles, II le fait sans vergogne, mais avec une sorte d'innocence, II est à la fois rusé et naïf. Il joue franc jeu, bon argent. Les acteurs doivent en faire autant. Il n'est pas question ici de ronds de jambe. Il faut aller droit au but. A quoi s'emploie Clémentine Célarié.

Mme Sans-Gêne n'est pas une pièce, c'est un rôle. Si on a l'actrice pour entrer dans ce rôle, tout est sauve. Clémentine Célarié, de toute éternité, était faite pour être Mme Sans-Gêne. Elle y est chez elle, libre de ses mouvements, et sans la moindre affectation. D'autres, comme Madeleine Renaud, ont rêvé d'être la Maréchale Lefebvre. Mais c'était une comtesse de Marivaux qui jouait à la blanchisseuse. Je veux dire qu'elle était parfaite, mais pas tout à fait elle-même. Elle sentait ce manque et forçait un peu l'effet. A force de vouloir être peuple, elle devenait caricaturale. Presque vulgaire parfois.

Clémentine Célarié se contente d'être elle-même, simple comme bonjour, d'un naturel époustouflant. Elle ne compose pas, elle se présente telle que Dieu l'a faite. 11 n'y a jamais chez elle le plus petit soupçon de cabotinage. Elle n'est pas com­mune, elle est directe, elle est vraie, elle est gaie. Et d'une vérité sans apprêts. Elle pourrait nous cligner de l'œil, prendre ses distances, montrer son personnage du doigt comme le fait, à tort ou à raison, Philippe Uchan en Napoléon. Elle s'en garde bien. Elle ne prend pas d'assurances. Elle travaille sans filet. Elle est Mme Sans-Gêne comme elle pourrait être Mère Courage. Elle va de l'avant. C'est un vaillant petit soldat. Elle a de la solidité.

Rien ne peut se faire au théâtre, comme dans la vie, sans un peu de générosité. Clémentine Célarié en a à revendre. Générosité de cœur, générosité physique, cela convient au personnage. Elle a le don de sympathie, et par ce don elle s'impose.

On croit en elle parce qu'elle ne cherche pas à feindre. C'est une amie. On lui fait confiance, et on a raison. D'autres, Jane Sourza, Annie Cordy, Jacqueline Maillan, Arletty, se sont essayées au rôle. Elle seule a su le prendre au sérieux, et sans la moindre gravité, On lui doit une fière chandelle. Je pense que c'est ainsi que Sardou l'imaginait.

Bon faiseur, il n'avait qu'un défaut, il taillait grand. A la création, Mme Sans-Gêne durait quatre heures et contenait cinquante-six comédiens. Nous n'avons plus assez d'estomac pour digérer tout cela. Pierre Laville est donc passé par là, et, comme il le fait si bien, a su condenser ce monstre sans le réduire au squelette. Il reste de la chair.

Alain Sachs dans sa mise en scène hésite entre le premier et le second degré. Après l'entr'acte, il multiplie les gags, poussant Philippe Uchan vers le burlesque. La salle respire mieux, rit, et la pièce s'allège. Mais il y a comme un divorce entre les partenaires. Clémentine Célarié est alors un peu seule.

Victorien Sardou a écrit une quarantaine de pièces. De quoi se souvient-on ? De La Tosca pour Puccini, et de Mme Sans-Gêne. Ses comédies réalistes ont fait long feu et ses fresques historiques, Thermidor, Théodora, Patrie !, sont à jamais englouties. Souvent la renommée posthume d'un auteur tient à un fil. Rostand, Dumas fils doivent leur gloire à Cyrano de Bergerac ou à La Dame aux camélias. Ils ont donné naissance à un personnage, et ce personnage les quitte pour courir le monde. C'est leur commis voyageur. On a oublié Victorien Sardou. Il n'y a plus que Mme Sans-Gêne à parler encore de lui."

Tournées en France et pays francophones Tournée Pascal Legros (2003)


Reprise 2011 pour France 2 au Théâtre Antoine

Réalisation Dominique Thiel

Avec : Clémentine Célarié Dominique Pinon Pierre Cassignard Jean Pierre Michael Philippe Uchan Olivier Hémon Pierre Zaoui Christophe Bouisse Philippe Beglia Laurent Méda Laurence Colussi Catherine Griffoni Cathy Bodet Tatiana Gousseff.

L’Éventail de Lady Windermere

Nouvelle version de The Lady Windermere's Fan d' Oscar Wilde

L'Éventail de Lady Windermere

créationCréation à Paris - Théâtre du Palais-Royal (2003)

Mise en scène Tilly
Décors Stéphanie Jarre, costumes Christian Gasc.

Avec : Caroline Cellier, Mélanie Doutey, Robert Plagnol, Jocelyn Quivrin, Yves Gasc, Nathalie Krebs, Nicolas Bridet, Isabelle Petit-Jacques.

Critique / Philippe Tesson (Le Figaro Magazine)

"Oscar Wilde, c'est brillant, mais à la longue c'est vraiment monotone. Un peu comme le tir aux pigeons. Le pigeon ici, c'est le mot, la formule bien frappée, l'axiome élégant, la maxime caustique, ou bien désenchantée. L'auteur vous lâche son trait, à un rythme déconcertant. Il faut le saisir au vol. Vous l'oubliez dans la seconde qui suit. Un autre lui succède, et puis un autre. Du tir en rafale. Ils sont bien chanceux, tous ces Anglais d'époque, d'avoir autant d'esprit. Un théâtre plus artificiel que cela, on ne peut pas imaginer. On vous dit : oui, mais c'est une satire sociale. Certes. mais la société aristocratique londonienne post-victorienne, on n'en a plus grand-chose à taire. Tant de bavardage pour une histoire d'adultère qui n'en est pas un et tant de chichis pour un malentendu autour d'un éventail, ce n'est plus vraiment notre problème. Alors on s'endort doucement, bercé par le murmure de cette éblouissante conversation. De temps en temps on ouvre un œil pour apprécier la mise en scène très convenable de Tilly, le décor très légitime de Stéfanie Jarre et la belle prestance, le joli sourire intelligent, la grâce de Caroline Cellier. Cela dit, dans le registre du charme désuet, voilà un spectacle agréable, et pourquoi pas ? Au moins, c'est écrit.

C'est écrit, et même réécrit, avec savoir-faire, par Pierre Laville, qui s'y connaît en anglo-saxonnerie. Le même Pierre Laville, aussi à l'aise dans les salons londoniens décadents du XIXe que dans l'under­ground new-yorkais contemporain, nous propose simultanément une adaptation et une mise en scène d'une chose étrange, originale, forte, peut-être même insoutenable à certains, et que nous avons aimée : Bash, de Neil LaBute. Du théâtre ? Bien sûr, quoiqu'il s'agisse de récits. Des récits de scènes d'une grande cruauté, mais par ceux-là mêmes qui en ont été les acteurs. Des récits de crimes par les criminels eux-mêmes, mais inconscients de la portée de leurs crimes. Des gens convenables, des gens ordinaires, des gens plutôt heureux, et qui tuent légèrement, non pas gratuitement, mais presque innocemment. Affreux. L'intérêt de la chose ? Elle nous invite à une méditation sur la morale, ou plus précisément sur la conscience de la culpabilité. Le procédé théâtral qui joue sur la distance entre l'horreur du crime et la sérénité du meurtrier, entre la cruauté de l'acte et la dou­ceur de la narration, est très efficace.

Quatre acteurs se succèdent sur scène pour se partager ces trois récits : l'excellent Lionel Abelanski ; le joli couple Stéphanie Fagadau et Patrice Costa, d'une jeunesse très claire ; et l'inquiétante, la très subtile Anne Brochet, un monstre suave.

Wilde, c'est du sucre. Bash, c'est du poivre. Laville, c'est les deux."

Bash, scènes d’apocalypse

D'après Bash, latterdays plays de Neil LaBute

Bash
Édition :
Avant-Scène
Bash

créationCréation à Paris - Studio des Champs-Élysées (2003)

Mise en scène Pierre Laville
Décor et costumes Roberto Plate, musique Marianne Faithfull

Avec : Anne Brochet, Lionel Abelanski, Stéphanie Fagadau, Patrice Costa.

Anne Brochet
Bash / Anne Brochet
Anne Brochet
Bash / Patrice Costa et Stéphanie Fagadau

Critique / Armelle Héliot (Le Figaro)

"On le connaît en France pour ses films Dans la compagnie des hommes Nurse Betty, Possession notamment On ignore tout du dramaturge, et voici qu'il surgit, terrible, sur la petite scène du Studio des Champs-Élysées, comme l'écrivain d'un monde sans repentir dans lequel on ne peut s'interdire de reconnaître une certaine Amérique.

Le spectacle est éprouvant. Grand théâtre tragique qui puise ses racines et même ses modèles dans l'héritage grec, mais au­quel, à l'exception des œuvres du Britannique Edward Bond, la littérature dramatique occidentale ne se réfère qu'exception­nellement, Trois scènes, quatre protagonistes. Trois histoires adressées directement au public, depuis l'étroit plateau approfondi par un jeu de miroir élégant de Roberto Plate qui signe la scénographie. L'espace dans lequel jouent simplement les lumières de Laurent Béal métaphorise ainsi, très intelli­gemment et très sobrement, la dualité des personnages, leur ambivalence troublante.

Ils sont tous enfants d'une Amérique confortable. Des diplômes, des métiers, des vies établies. Rien en eux de névrosé. Apparemment. A qui s'adressent-ils vraiment ? A eux-mê­mes, à un tiers rencontré dans un bar, à un psychanalyste ? On pourrait l'imaginer. Mais le metteur en scène, écrivain qui a traduit ces textes, Pierre Laville, suivant l'esprit et la lettre, leur donne un caractère plus déran­geant encore en impliquant le public qui, lui aussi, se reflète dans le grand miroir du fond. Mieux vaut, parce que cela retirerait beaucoup à l'intérêt de la découverte des trois volets de Bash - mot lui aussi bifide, qui veut dire « gnon » mais aussi « fête » (style rave) , ne pas vous dévoiler les crimes épouvantables - et impunis - commis par ces hommes et cette femme si lumineux, tellement équilibrés.

Première scène, à deux. Ils sont jeunes, beaux, ils s'aiment. Ils ont fait la fête à Manhattan avec leurs amis d'université, un soir. Les garçons ont fait un tour dans Central Park. Tout va bien. Et puis... Au jeune Patrice Costa, beau visage, belle prestance, d'avouer l'horreur. Il est fin, délié, et, à ses côtés, Stéphanie Fagadau est excellente, enjouée, sensible. L'écart entre le charme de ces jeunes gens et la matière de l'aveu, révulse. Est-il traversé parle moindre sentiment de culpabilité, ce beau gosse qui a l'avenir devant lui ? Non. Pas plus que l'homme dans la maturité qui lui succède. Lionel Abelanski, acteur mobile et profond, regard voilé de désarroi, raconte sa funeste aventure. Nous prend à témoin et narre, sans émotion apparente autre qu'une déception amicale, l'atroce plaisanterie qui l'a conduit à l'irréparable. Monstre froid. Non, Humain. Vient Anne Brochet. Elle, c'est une petite fille blessée. Silhouette d'adolescente qui a grandi trop vite et qu'un adulte, autrefois, a meurtrie pour jamais. Elle, elle répète et se venge, Médée en notre temps. Anne Brochet est remarquable, précise, tenue, impressionnante.

On sort de là secoué. Dans l'admiration d'une écriture et de l'engagement subtil des interprètes. Catharsis est le mot."


Critique / Philippe Tesson (Paris Première)

"Une thématique superbe. C'est ça qui est très beau. C'est très beau ! Très moderne ! J'ai beaucoup aimé. C'est original. Moderne.La mise en scène est excellente.Anne Brochet formidable. Il faut y aller ! "

Homebody / Kabul

texte français de la pièce de Tony Kushner

Homebody
Édition :
Avant-Scène
Homebody / Kabul
Homebody / Kabul / Eric Genovese

créationCréation à Paris - Comédie-Française au Théâtre du Vieux-Colombier (2003)
pré-création pour l'inauguration du Théâtre National du Luxembourg

Mise en scène Jorge Lavelli
Décor de Nicola Rubertelli, costumes de Graciela Galan, lumières de Zeljko Sestak, musique de René Nuss

Avec : Catherine Hiegel, Éric Genovèse, Alexandre Pavloff, Jean-Baptiste Malartre, et Lisa Pajon (du JTN), avec quatre comédiens afghans et iraniens.

Homebody

Critique / Philippe Tesson (Figaro Magazine)

"Où est-on ? Dans le lyrisme, dans la tragédie, dans la politique ? Dans tout cela en vérité. On est surtout dans l'Histoire, dans l'hystérie de l'Histoire, dans l'affrontement désordonné, ébouriffant, entre un poète inspiré et l'histoire des hommes. Cet Homebody Kabul fait partie de ces œuvres violentes qui posent, dans le bruit et la fureur d'une langue libérée de toute convention, l'éternelle ques­tion de la condition humaine, rapportée à une circonstance pré­sente, mais valable pour les temps passés comme pour les temps à venir. Il y a, dans l'un des passages les plus forts de la pièce, une phrase à méditer :

"Nous vivons dans une époque terrible. mais vous devez également vous souvenir que cela a to­jours caractérisé le moment présent."

Kushner veut nous dire que le présent d'aujourd'hui, déjà monstrueux nous annonce un avenir plus monstrueux encore si l'intelligence et la sagesse ne viennent pas allumer la lumière au fond de nous. Il y a dans son théâtre - on l'avait ressenti dans Slaves, dans Angels in America - une sorte de corps-à-corps entre le désespoir et l'espoir qui lui donne une superbe tonalité de violence et de jeunesse. On peut y voir une forme de terrorisme insupportable, on peut aussi, et l'on est plus proche de la vérité, y distinguer une utopie généreuse. Le désordre est en tout cas inséparable de la pensée et de l'écriture de ce poète - et de ce moraliste ! - incomparable, dont il faut supporter les lourdeurs, les redondances, les excès. Toute mise en scène de Kushner est condamnée à les respecter. Interpréter Kushner, c'est en effet le trahir. On ne peut imaginer plus fidèle miroir que celui que nous offre Lavelli. Ils sont de la même race, celle des grands lyriques.

Catherine Hiegel elle aussi. Dans le monologue superbe qui précède la pièce, cette immense artiste nous apparaît possédée par le texte. La confession qu'elle nous livre pendant plus d'une demi-heure d'horloge est inoubliable.

On ne reverra pas la comédienne. L'argument suppose que son personnage, une intellectuelle londonienne, disparaît pour aller poursuivre en Afghanistan sa quête de vérité. C'est là-bas que se déroule la pièce, qui nous décrit les ravages de l'Histoire sur les hommes, Une œuvre longue, souvent touffue, souvent sublime, dans l'excellent texte français de Pierre Laville. Elle nous présente des êtres aliénés par leur culture, ou marqués par leur histoire personnelle, ou assoiffés d'idéal, ou proches du renoncement, ou encore cyniques. L'humanité. Confrontée en la circonstance à une guerre sans fin.

Une forte et jeune comédienne se révèle, dont la violence est à l'image du tumulte de Catherine Hiegel. Lisa Pajon. Eric Génovèse est, sous le masque tadjik. d'une grande vérité.

Un spectacle qui tourmente."

L'Oiseau de nuit

D'après The Night Heron de Jez Butterworth (Laurence Olivier Award, meilleure pièce)

créationCréation à Lyon - Théâtre de la Croix-Rousse (2005)

Mise en scène / scénographie Emmanuel Meirieu
Costumes de Géraldine Mercier, Son Antonin Clair

Avec : Jean Marc Avocat, Thomas Di Genova, Nicolas Gabion, Jean Ernst, Marie Louise, Thibault Roux, Loïc Varraut.

L'Éventail de Lady Windermere

Nouvelle version d'après The Lady Windermere's Fan d' Oscar Wilde

créationTournées Nouvelle-Scène et Festivals (5 nominations aux Molières) (2005)

Mise en scène Sebastien Azzopardi
Costumes Christian Gasc

Avec : Marie-José Nat, Elisa Sergent (Anaïs Harté), Jean-Philippe Bêche (Jean Martinez), Marie-France Santon (Marie-Christine Danède), Jean-François Guillet, Sebastien Azzopardi (Gregoire Bourbier), Franck Desmet, Frederic Imberty, Anaïs Harté .


Reprise au Théâtre 14-Jean-Marie Serreau (2006) puis au Théâtre des Bouffes-Parisiens (2007)

Avec Geneviève Casile et la même distribution.

L'Éventail de Lady Windermere
L'Éventail de Lady Windermere

Critique / M-C N. (Pariscope)

Voilà un spectacle « so charming » ! Tout l'esprit d'Oscar Wilde est là, son humour fin, subtil.Wilde est un grand portraitiste de la haute société anglaise du XIXe siècle. Une société qui, comme le dit avec élégance Madame Erlynne, « contient toujours autant d'imbéciles ». La jeune Lady Windermere est heureuse. Elle peut. Elle est jeune, belle, a fait un beau mariage d'amour, ce qui n'était pas souvent de mise à l'époque. Et pourtant, elle voit sa vie bouleversée par Madame Erlynne, une mystérieuse femme. Les mauvaises langues, celles des cancans,se déchaînent, prévenant la jeune Lady. Tels des serpents sifflant sur sa tête, elles sèment le doute chez la jeune femme si pure, si droite. Curieusement, c'est cette femme étrange qui la sauvera, la remettra dans le bon chemin. Le jeune Sébastien Azzopardi a mis en scène cette très belle pièce avec beaucoup de raison. Son parti pris est le classicisme et c'est un bon choix. Car le texte y garde sa facture. Les superbes costumes de Christian Gasc soulignent cela à merveille.

Azzopardi ne s'est pas trompé en choisissant Geneviève Casile pour interpréter Madame Erlynne. Elle y est magistrale, jouant de nuance, de charme et d'esprit. C'est avec beaucoup de plaisir que l'on retrouve cette grande comédienne. Elisa Sergent est une Lady Windermere pimpante, belle comme un cœur. Jean-Philippe Beche,Sébastien Azzopardi, Franck Desmedt, Marie-France Santon, Aude Sabin sont impeccables et rendent bien l'univers de Wilde. Enfin il faut souligner la prestation assez facétieuse de Jean-François Guilliet en Lord Augustus.
M-C.N.

Tournées Pascal Legros (2008)

Pense à l'Afrique

Nouvelle adaptation de Think of Africa de Gordon Dryland

créationCréation à Paris - Théâtre de la Boutonnière (2005)

Mise en scène de Nadim Maghmoouchi

Avec : Geneviève Mnich, Daniel Briquet, Cécile Lehn et Eric Prigent.

Romance

D'après Romance de David Mamet

Romance
Romance de David Mamet

créationCréation à Paris - Théâtre Tristan-Bernard (Deux nominations aux Molières) (2006)

Mise en scène Pierre Laville
Décor et costumes Gérard Didier

Avec : Yves Gasc, Bernard Alane, Eric Laugerias, Mathieu Bisson, François Delaive, Eric Theobald, Stephane Cottin.

Yves Gasc
Romance / Yves Gasc
romance
Romance / au premier plan : Bernard Alane et Mathieu Bisson
au second : Eric Théobald et Yves Gasc

Critique / Philippe Tesson (Le Figaro Magazine)

"Ames délicates s'abstenir. Quand David Mamet y va, il il y va. Quand Pierre Laville l'accompagne, ce n'est pas sur la pointe des pieds. Romance n'est pas une provocation, mais un ravage.

D'ailleurs il n'y a jamais de provocation chez Mamet, il ne défie ni n'agresse personne. Il n'est pas davantage un procureur. Aucune vocation à requérir. Sa férocité, il l'exerce autrement. Il a vraiment une place à part dans le théâtre américain d'interpellation. Il est plus violent et plus outrancier que quiconque à dénoncer les maux de la société et de la culture américaine contemporaine. Mais quand les uns s'indignent, ou hurlent, ou jugent, quand les autres moralisent, ou font dans la démonstration, lui frappe avec jubilation, comme pour exorciser le désespoir qu'il y a en lui. Cela s'appelle la farce. Romance est une farce pure. Mais derrière le rire, énorme, quelle désolation, quelle dévastation !

En vérité, il n'y a qu'un personnage dans la pièce qui en compte sept : le juge. Le juge est la figure souveraine de la dislocation générale, la figure à laquelle tout ramène. Les autres sont les faire-valoir du juge qui sème le désordre et l'extravagance dans le prétoire, au cours d'un procès dont on ne saisit même pas le sens, puisque plus rien n'a de sens, ni la justice, ni la loi, ni la paix, ni la démocratie. La dérision est totale, il faut donc qu'elle atteigne les limites de la folie, il faut que le réalisme soit dépassé. Même les formes de la justice doivent être transgressées, même ses appa­rences. Mamet nous transporte dans un univers du délire dont l'efficacité est redoutable.

Encore faut-il un acteur. Que serait cette pièce sans un acteur exceptionnel ? Mais que serait le théâtre s'il n'était pas joué ? Or cet acteur est là. On savait depuis longtemps le talent d'Yves Gasc. Il le porte ici à ses sommets. Qu'importe que ce soit au prix de l'outrance, puisqu'il le faut. Sa performance est éblouissante.

Reste une œuvre superbement corrosive, écrite dans une langue subtile, une farce énorme, désopilante et tragiquement amère."

L'importance d'être Constant

Nouvelle version de The Importance of being Earnest d' Oscar Wilde

L'Importance d'être constant

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (Nomination aux Molière) (2006)

Mise en scène Pierre Laville
Décors Pace, costumes Emmanuel Peduzzi

Avec : Lorànt Deutsch, Frédéric Diefenthal, Macha Méril, Gwendoline Hamon, Marie-Julie Baup (puis Juliette Lembolley), Yves Gasc, Claire Magnin, Patrick Delage.

Lorant Deutsch
L'importance d'être Constant / Lorànt Deutsch et Marie-Julie Baup
Gwendoline Hamon et Frédéric Diefenthal
L'importance d'être Constant / Gwendoline Hamon et Frédéric Diefenthal
Marie-Julie Baup, Lorànt Deutsch, Claire Magnin,Yves Gasc, Macha Méril et Gwendoline Hamon
L'importance d'être Constant / Marie-Julie Baup, Lorànt Deutsch, Claire Magnin,Yves Gasc, Macha Méril et Gwendoline Hamon

Critique / Bruno Villien (Le Généraliste)

"Bien qu'ayant un peu plus d'un siècle (la pièce date de 1895), la comédie d'Oscar Wilde est plus jeune que jamais. Sans doute parce que ses deux héros, Algernon (Lorant Deutsch) et Jack (Frédéric Diefenthal) sont eux-mêmes jeunes et passablement écervelés. Mais aussi parce que les thèmes de Wilde sont éternels : les fausses identités, les hasards de la paternité, la vénalité de l'amour, les incom­préhensions entre classes sociales... Mais pour autant, L'Importance d'être constant n'est pas une pièce à thèse mais une comédie débridée où se succèdent les rebondisse­ments les plus inattendus. C'est là que font merveille l'adaptation et la mise en scène de Pierre Laville. Il a su respecter le rythme effréné de Wilde et « franciser » le texte tout en lui gardant son savoureux arôme victorien. Ainsi les mensonges des deux héros, qui inventent un personnage appelé Constant pour justifier leurs frasques, et se retrouvent pris
à leur propre piège, suscitent-ils dans le public une hilarité permanente.

Parfaitement choisis, les huit interprètes se surpassent au milieu des jolis décors de Pace, les dames arborant des toilettes élégantes si­gnées Emmanuel Peduzzi. Lorant Deutscb prête à Algernon sa grâce de farfadet tandis que Frédéric Diefenthal est un Jack éberlué, tous deux essayant, sans succès, de garder leur sang-froid en bons dandies ironiques qu'ils sont. En Lady Bracknell, Macha Méril fait une composition de haut vol. Aux côtés de la ravissante Gwendoline Hamon, Claire Magnin campe une vieille fille rêveuse. Quant au révérend Chasuble, incarné par Yves Gasc, qui découvre sur le tard des émois sentimentaux, il est d'une rare cocasserie. Une soirée pleine d'humour qui plaît à tous les publics."

Tournées en France et pays francophones (125 villes) - Nouvelle-Scène et Festivals (2008)

Angels in America
Millenium Approches et Perestroïka

d'après Angels in America de Tony Kushner

Angel's in America
Éditions :
Avant-Scène

Nouvelle adaptation

Publication : Éditions de l'Avant-Scène, collection des Quatre-Vents (2007)

Quatre comédies d'Oscar Wilde
L'Éventail de Lady Windermere, Une Femme sans importance, Un Mari idéal, L'Importance d'être Constant


Éditions :
Babel

Nouvelles versions

Publication : Éditions Actes Sud, collection Babel (2007-2008)

Bash / Providence

D'après Bash, latterday plays et The Mercy Seat de Neil LaBute

Nouvelles versions

Publication : Éditions de l'Avant-Scène, collection des Quatre-Vents (2007-2008)

Chat en Poche

Nouvelle version d'après Georges Feydeau

Chat en poche

créationCréation à Paris - Théâtre St Georges (2008)

Mise en scène Pierre Laville
assistant Antoine Courtray
Décor Stéphanie Jarre, costumes Bonnie Colin, musique Hervé Devolder

Avec : Valérie Mairesse, Arthur Jugnot, Jean Benguigui (puis Gérard Rinaldi), Marianne Giraud, Jean-Marie Galey, David Macquart (puis Antoine Courtray), Julie Wingens, David Talbot. (Nomination aux Molières)

Critique / Philippe Tesson (Le Figaro Magazine)

"On a toujours eu un faible pour Chat en poche. Ce n'est pourtant pas la meilleure pièce de Feydeau, elle ne s'inscrit pas dans la longue série de ses plus grands vaude­villes, de ses énormes pièces à machine et à mouvement qui allaient suivre. C'est une œuvre des débuts. On est en 1888, Feydeau avait tout au plus 26 ans lorsqu'il l'écrivit, elle est plutôt sim­ple, économe dans sa construction, et c'est sans doute cela qui nous touche, sa jeunesse, cela et sa bonne humeur, l'un n'allant pas sans l'autre. Elle ne grince pas, elle est plus rose que noire.

Et pourtant tout Feydeau est déjà là : la rigueur de la construc­tion et la folie de l'action, le tempo et sa formidable énergie, la va­cuité du langage, et bien sûr l'énormité des quiproquos. Tout le secret, tout le génie de Feydeau est dans sa gestion de la vraisemblance. La logique implacable qui gouverne sous sa plume l'en­chaînement des péripéties de l'action, aussi délirantes fussent-elles, finit par nous donner l'illusion que l'absurdité est vraisemblable. Feydeau disait qu'en arrangeant les folies qui déchaînent l'hilarité du public, il gardait « le sang-froid et le sérieux du chimiste qui dose un médicament ». Le résultat est impressionnant. C'est cette implacable maîtrise de l'effet comique qui devrait dissuader les metteurs en scène de « toucher » à Feydeau, c'est-à-dire d'encombrer son théâtre d'adhérences personnelles, aussi intelligentes puissent-elles être, leur interdire de souligner le message (quel message d'ailleurs ?). Feydeau ne se conçoit qu'à l'état pur.

Pierre Laville l'a très bien compris. La mise en scène de Chat en poche qu'il nous propose est au premier degré. Est-ce une insulte ? C'est au contraire un hommage, dès lors qu'elle est efficace et remplit son office, qui est de libérer à bon escient notre rire. Laville s'est donc laissé conduire par Feydeau, lui-même obéissant à la fatalité de son dé­lire, et c'est un vrai bonheur, un bonheur franc et innocent.

Tout est frais sur scène, et sans détours. Le décor de Stéfanie Jarre, lumineux, ne va pas chercher midi à quatorze heures, il est dans l'esprit du joli Théâtre Saint-Georges, plus années 20 que fin XIXe. La distribution est à l'unisson de cet air de jeunesse que respire la pièce. Laville a déniché trois comédiens d'âge tendre qui sont excellents. Arthur Jugnot, avec son air voyou, est une révélation. Il donne une allure contemporaine au rôle tordant de Dufausset. La petite Julie Wingens est piquante. David Macquart a du charme, de la présence et bafouille avec talent.

Côté adultes, on a plaisir à revoir Jean Benguigui. Il met de la bonhomie, de la rondeur, une vraie gaieté dans le rôle de Pacarel, très bien entouré par Marianne Giraud, Valérie Mairesse et Jean-Marie Galey. Tout cela est enlevé, drôle, pas compliqué du tout."

Tournée Nouvelle Scène (2008)
Reprise Théâtre St Georges (2009)
Deuxième Tournée (2010)

Baby Doll

D’après l'œuvre de Tennessee Williams

Baby Doll
Édition :
Avant-Scène
Baby Doll

créationCréation à Paris - Théâtre de l’Atelier (6 nominations aux Molières) (2009)

Mise en scène Benoit Lavigne
Décor et costumes Laurence Bruley

Avec : Mélanie Thierry, Xavier Gallais, Chick Ortega, Monique Chaumette, Théo Legitimus .

Mélanie Thierry
Baby Doll / Mélanie Thierry
Xavier Gallais, Monique Chaumette, Chick Ortega et Mélanie Thierry
Baby Doll / Xavier Gallais et Mélanie Thierry
Xavier Gallais et Mélanie Thierry
Baby Doll / Xavier Gallais, Monique Chaumette, Chick Ortega et Mélanie Thierry

Critique / Philippe Tesson (Le Figaro)

Disons sans attendre qu'on vient de connaître un plaisir sans partage. Ce Baby Doll fait honneur au théâtre privé. Hommage, d'abord, à Pierre Laville. Il s'attaquait à une tâche difficile. Faire d'un scénario de cinéma et de quelques bribes théâtrales de la main de Tennessee Williams un authentique texte dramatique, réduire à cinq personnages la distribution du film et à un seul décor un espace sans trop resserrer ni étouffer l'œuvre, maintenir le rythme, l'énergie de celle-ci, éviter la tentation discursive, tout cela n'était pas une mince affaire. Le résultat est éloquent. Curieusement, le film reste présent dans la pièce. Laville réussit une synthèse de l'écriture cinématographique et de l'écriture théâtrale, une synthèse du mouvement respectif propre à l'un et l'autre genre.

Autre renvoi au cinéma : on est frappé par la présence, par la force que prend l'image dans ce spectacle. Ce mérite revient à Benoît Lavigne. Sa mise en scène est extrêmement visuelle, réaliste et juste, ce qui n'enlève rien à sa liberté. Il s'appuie sur un décor excellent, lui aussi très imagé, de Laurence Bruley. Une architecture de bois verticale, faite pour la poursuite. Il y a dans tout cela une grande unité « physique ».

On n'épiloguera pas sur les thèmes qui parcourent l'oeuvre. Il ap­partiennent à l'univers familier de Tennessee Williams. Qui n'a pas vu le superbe film d'Elia Kazan ? Baby Doll les résume avec une force particulière. Non pas que la situation que pose la pièce soit plus dramatique qu'habituellement chez Williams. Les ressorts ont toujours la même violence : la solitude, le désir, son inassouvissement, son refoulement. Mais les personnages ont ici plus d'ambiguïté qu'ailleurs. C'est vrai de Vaccaro, partagé entre sa pulsion et ses intérêts. C'est vrai surtout de Baby Doll, l'enfant qui sous nos yeux se fait femme, arrache ses lambeaux d'innocence, naît à la conscience de ce dont elle avait le pressentiment. C'est ce déchirement qui fait sa beauté douloureuse.

Ce rôle magnifique trouve avec Mélanie Thierry une incarnation éblouissante. La grâce physique, la pureté, le talent de cette jeune comédienne sont profondément émouvants. Elle passe du rire aux larmes, du désir à la peur, de la fragilité à la résolution avec un natu­rel et une intelligence qui forcent l'admiration et l'attendrissement. Auprès d'elle, et dans tous les registres, la séduction, la brutalité, le désir, la vengeance, Xavier Gallais joue avec une élégance et une maîtrise remarquables.

Une poésie sensuelle, faite de fraîcheur et de mélancolie, inonde ce spectacle exceptionnel.

Tournées en France et pays francophones - Tournée SIC – Frédéric Franck (2010)

Vie Privée

D'après The Philadelphia Story de Philip Barry

Vie privée
Édition :
Avant-Scène
Vie privée

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (2009)

Version scénique et mise en scène Pierre Laville
assistant Antoine Courtray
Décors Thierry Flamand, costumes Emmanuel Peduzzi

Avec : Anne Brochet, Julien Boisselier, François Vincentelli, Samuel Jouy, Claire Vernet, Yves Gasc, Nathalie Boutefeu, Yves Beneyton, Alexandra Gentil et Laurent Meda.

Tennessee Williams - Théâtre
La Ménagerie de Verre, Un Tramway Nommé Désir, La Chatte sur un Toit Brûlant, La Nuit de l’Iguane, Les Carnets de Trigorine

Nouvelles versions (2010-2011)

Publication : Éditions Robert Laffont, collection Bouquins

Angels in America
Quatuor

d'après Angels in America de Tony Kushner

créationCréation à Saint-Étienne - Opéra-Théâtre de Saint-Étienne (26 novembre 2011)

Adaptation Pierre Laville

par la Compagnie Les Souffleurs de verre
mise en scène Julien Rocha, musique Matthieu Desbordes, décor Élodie Quenouillère

Avec : Cédric Veschambre, Grégory Cartelier, Matthieu Desbordes, Delphine Grept, Olivier Lejeune.

Race

d'après David Mamet


Édition :
Avant-Scène

créationCréation à Paris - Comédie des Champs-Élysées (Première le 25 janvier 2012)
Direction Stéphanie Fagadau, Coproduction Sic-Frédéric Franck

Adaptation et mise en scène Pierre Laville
assistant Antoine Courtray
Décors Jacques Gabel, lumières Jean-Pascal Pracht

Avec : Yvan Attal, Sara Martins, Alex Descas, Thibault de Montalembert.

Race de David Mamet
Race / Yvan Attal, Sara Martins, Thibault de Montalembert et Alex Descas.

conception / réalisation / maintenance Vincent PAROT